Facturer en tant qu'avocat, ce n'est pas facturer comme un commerçant. Vous avez une convention d'honoraires écrite à respecter, des modes de rémunération encadrés, des débours à traiter à part, et surtout une échéance qui approche : la facturation électronique, qui va concerner tous les cabinets entre 2026 et 2027. C'est d'ailleurs la première préoccupation des avocats qui cherchent un logiciel de facturation aujourd'hui. Cette page traite donc de la facturation de vos honoraires et de votre passage à la facture électronique. Si vous cherchez un logiciel de gestion de cabinet complet (dossiers, agenda, RPVA, CARPA), c'est sur notre comparatif logiciel pour avocats que vous devez aller.
Mon conseil en une phrase : un avocat solo qui facture surtout au forfait et veut juste émettre des factures conformes peut se contenter d'un logiciel de facturation généraliste comme Henrri, Indy ou Abby, à condition qu'il gère la facture électronique ; dès que vous suivez du temps passé sur plusieurs dossiers ou que vous maniez des fonds clients via la CARPA, c'est un module de facturation intégré à une suite de gestion de cabinet qu'il vous faut ; et dans tous les cas, le vrai chantier 2026, c'est de vous raccorder à une plateforme agréée.
Facturer ses honoraires : les règles propres aux avocats
Avant l'outil, le cadre. Un avocat facture selon plusieurs modes, qu'un bon logiciel doit savoir gérer :
- au temps passé (taux horaire), le mode le plus courant, qui suppose un suivi du temps par dossier ;
- au forfait, un montant global convenu d'avance pour un dossier ou un type d'acte ;
- à l'abonnement, fréquent en droit des sociétés ou en droit social pour des relations suivies ;
- au résultat, mais attention : l'honoraire de résultat n'est licite qu'en complément d'un honoraire au temps ou au forfait. La rémunération uniquement au résultat (le pacte de quota litis) est interdite en France.
Deux points de vigilance que les outils généralistes ignorent. D'abord, la convention d'honoraires écrite est obligatoire depuis la loi Macron de 2015 : elle doit être conclue avant votre intervention et préciser le montant ou le mode de calcul des honoraires, sauf urgence, force majeure ou aide juridictionnelle totale. Un bon logiciel rattache la facture à cette convention. Ensuite, les débours (les frais que vous avancez au nom du client) sont hors champ de la TVA et hors de la facture d'honoraires : ils font l'objet d'une note séparée. Côté TVA enfin, vos honoraires sont soumis au taux normal de 20 %, y compris l'honoraire de résultat, un piège classique des conventions mal rédigées.
La facturation électronique : le vrai chantier 2026
C'est la question qui amène le plus d'avocats à se pencher sur leur facturation. La réforme de la facture électronique va s'appliquer à tous, par étapes :
- au 1er septembre 2026, toutes les entreprises, même un avocat exerçant seul, devront être capables de recevoir leurs factures fournisseurs au format électronique via une plateforme agréée ;
- à cette même date, les grandes entreprises et les ETI devront émettre leurs factures au format électronique ;
- au 1er septembre 2027, l'obligation d'émission s'étendra aux PME, aux TPE, aux indépendants et aux micro-entreprises, ce qui couvre la très grande majorité des cabinets d'avocats.
Le point que tout avocat doit comprendre, c'est la distinction entre deux circuits. La facture électronique proprement dite (l'e-invoicing) concerne vos factures à des clients professionnels établis en France : la facture structurée transite par une plateforme. Mais beaucoup d'avocats facturent largement des particuliers (divorce, pénal, droit de la consommation), et ces factures relèvent de l'e-reporting : la facture reste entre vous et votre client, mais les données de la transaction doivent être déclarées à l'administration. La plupart des cabinets auront donc les deux flux à gérer.
Concrètement, chaque cabinet va devoir choisir une plateforme agréée (l'ancien terme « PDP ») pour émettre, recevoir et déclarer. Le portail public a été recentré sur un rôle d'annuaire et ne servira pas de plateforme gratuite universelle. C'est donc le critère numéro un à vérifier sur votre logiciel de facturation : est-il déjà raccordé, ou en cours de raccordement, à une plateforme agréée ? Vérifiez ce point sur l'annuaire officiel avant de vous engager, car les statuts évoluent.
Facturer n'est pas manier des fonds : la CARPA reste à part
Une confusion fréquente à lever. La CARPA encadre le maniement des fonds de tiers que vous recevez pour le compte d'un client (sommes versées par l'adversaire, séquestres, fonds d'une transaction). Vos honoraires, eux, sont votre rémunération : ils ne relèvent pas du maniement de fonds. Si vous prélevez vos honoraires sur des sommes déposées en CARPA, il vous faut l'autorisation écrite du client. Conséquence pratique : un logiciel de facturation n'a pas vocation à gérer votre CARPA. Si vous maniez régulièrement des fonds clients, ce n'est pas un outil de facturation qu'il vous faut, mais une suite de gestion de cabinet, que je compare sur la page logiciel pour avocats.
Outil spécialisé ou généraliste pour facturer ?
La vraie question, une fois le cadre posé. Tranchons honnêtement.
Les logiciels de gestion de cabinet (Secib, Kleos, Jarvis Legal, Diapaz, Lexis PolyOffice) facturent nativement, avec le suivi du temps passé par dossier, le rattachement à la convention d'honoraires et le lien vers la comptabilité et la CARPA. C'est l'outillage adapté dès qu'il y a du temps à tracer et plusieurs dossiers. Je les compare en détail sur la page dédiée, et la plupart se commercialisent sur devis (Kleos affichant, lui, des tarifs publics).
Les logiciels de facturation généralistes (Henrri, Indy, Abby, Evoliz) sont conçus pour les indépendants et les TPE. Ils gèrent très bien les devis, les factures, les relances et l'encaissement, et ils se préparent à la facturation électronique. Ce qu'ils ne savent pas faire, c'est le suivi du temps passé au sens avocat, la convention d'honoraires, l'honoraire de résultat, la note de débours ou la CARPA. Pour un avocat qui facture surtout au forfait, suit peu de temps et veut avant tout des factures conformes, ils suffisent et c'est un choix légitime. Au-delà, ils deviennent vite sous-dimensionnés.
Comment choisir selon votre cabinet
Avocat solo qui veut juste facturer (au forfait, peu de temps à suivre) : un généraliste comme Henrri, Indy ou Abby fait l'affaire, à condition de vérifier qu'il gère le format Factur-X et qu'il est relié à une plateforme agréée pour 2026. Cabinet qui veut suivre le temps passé et facturer dans la foulée : passez par le module de facturation d'une suite de gestion de cabinet, que je compare sur la page logiciel pour avocats. Cabinet qui doit surtout se mettre en conformité : votre priorité est de choisir une plateforme agréée avant septembre 2026, puis de vérifier que votre logiciel s'y connecte. Dans tous les cas, ne repoussez pas le sujet de la facture électronique : la réception devient obligatoire dès 2026.