Lancer une campagne publicitaire en ligne sans cahier des charges, c’est un peu comme mandater un architecte pour construire une maison sans plan. On imagine le résultat, on espère être compris, et pourtant les malentendus s’accumulent jusqu’à ce que le budget soit épuisé et les résultats décevants. Chez La Fabrique du Net, nous mettons en relation des porteurs de projet avec des agences spécialisées en SEA chaque année, et nous constatons que près de 60 % des collaborations qui démarrent mal ont un point commun : l’absence d’un cahier des charges structuré. Ce document n’est pas une formalité administrative. C’est le socle sur lequel repose toute la relation entre une entreprise et son agence, et la condition sine qua non pour obtenir des campagnes performantes.
Le référencement payant, ou SEA (Search Engine Advertising), est un levier publicitaire exigeant qui mobilise des budgets importants, parfois dès les premières semaines. Google Ads, Microsoft Advertising, les campagnes Shopping, le remarketing dynamique : les possibilités sont nombreuses, les paramétrages techniques sont complexes, et les enjeux financiers sont immédiats. Une agence qui reçoit un brief flou va compenser par ses propres hypothèses. Ces hypothèses ne seront pas forcément alignées avec votre réalité commerciale, votre saisonnalité, vos marges, ni vos priorités stratégiques.
Ce guide a été conçu pour vous aider à rédiger un cahier des charges SEA complet, efficace et exploitable. Il s’appuie sur les retours que nous recevons quotidiennement de porteurs de projet sur la plateforme, ainsi que sur notre connaissance approfondie des pratiques des agences. Vous trouverez ici les éléments indispensables à inclure, les erreurs les plus courantes à éviter, une ressource prête à l’emploi et les critères pour bien choisir votre agence.
1. Pourquoi un cahier des charges SEA est différent d’un cahier des charges classique
Beaucoup d’entreprises pensent qu’un cahier des charges SEA ressemble à celui qu’on rédige pour la création d’un site web ou d’une application. C’est une erreur fréquente, et elle a des conséquences concrètes sur la qualité des propositions reçues des agences. Un cahier des charges pour un site web décrit un livrable figé : des pages, des fonctionnalités, un design. Un cahier des charges SEA, lui, décrit un processus continu, évolutif, piloté par des données qui changent chaque semaine.
Le SEA est un levier d’acquisition à performance. Cela signifie que l’agence ne livre pas un produit fini au terme d’un projet : elle pilote en permanence des campagnes dont les résultats dépendent autant de sa stratégie que de votre contexte marché, de votre offre commerciale, de votre capacité à convertir les visiteurs sur votre site. Le cahier des charges SEA doit donc fournir un contexte métier très précis, pas seulement des spécifications techniques.
Sur les centaines de mises en relation que nous réalisons chaque année dans ce domaine, nous observons une distinction claire entre les entreprises qui obtiennent rapidement des résultats et celles qui s’enlisent dans des allers-retours improductifs. Les premières ont toutes pris soin de documenter leur contexte commercial avant même de contacter une agence. Elles connaissent leurs marges, leurs produits prioritaires, leurs cycles de décision client, leurs contraintes saisonnières. Elles ont aussi une vision claire de ce qu’elles attendent de l’agence : est-ce de la gestion pure, ou aussi du conseil stratégique ?
La différence avec un cahier des charges web tient aussi au niveau de technicité requis. Pour un site, on peut décrire les fonctionnalités sans maîtriser le code. Pour le SEA, il est utile de comprendre les grandes logiques des plateformes publicitaires (structure de compte, types de campagnes, stratégies d’enchères) pour savoir ce qu’on est en droit d’exiger. Ce guide vous permettra d’acquérir ce niveau de compréhension, même si vous n’êtes pas expert du domaine.
2. Les éléments clés d’un cahier des charges SEA
Un cahier des charges SEA bien construit repose sur plusieurs blocs d’informations complémentaires. Chaque bloc remplit une fonction précise : certains aident l’agence à comprendre votre environnement, d’autres lui permettent de calibrer sa stratégie, d’autres enfin posent le cadre contractuel et opérationnel de la collaboration.
2.1 La présentation de l’entreprise et du contexte marché
Ce premier bloc est souvent sous-estimé. Les entreprises pensent qu’une agence SEA n’a pas besoin de connaître leur historique ou leur positionnement commercial. C’est faux. Une agence qui ne comprend pas votre métier va construire des structures de campagnes génériques, choisir des mots-clés trop larges ou trop étroits, et rédiger des annonces qui ne résonnent pas avec votre cible. Incluez dans cette section une description de votre activité, de votre positionnement concurrentiel, de vos principaux segments de clients, et des grandes tendances de votre marché.
Mentionnez également vos concurrents directs sur les moteurs de recherche payants. Si vous savez que certains acteurs monopolisent les premières positions sur vos mots-clés stratégiques, c’est une information précieuse pour l’agence. Elle pourra en tenir compte dans sa stratégie d’enchères et dans la définition de vos avantages compétitifs à mettre en avant dans les annonces.
2.2 Les objectifs du projet SEA
C’est probablement la section la plus importante du document. Des objectifs vagues comme « augmenter le trafic » ou « améliorer notre visibilité » ne permettent pas à une agence de calibrer sa stratégie ni de définir des indicateurs de succès pertinents. Vos objectifs doivent être précis, mesurables et hiérarchisés.
Distinguez les objectifs primaires (ce pour quoi vous investissez en SEA) des objectifs secondaires. Par exemple :
- Objectif primaire : générer des leads qualifiés à un coût par lead inférieur à 40 euros
- Objectif secondaire : augmenter le taux de conversion des visiteurs issus des campagnes de 2 % à 3,5 %
- Objectif tertiaire : renforcer la notoriété de la marque sur des requêtes génériques liées à votre secteur
Précisez aussi l’horizon temporel de vos objectifs. Une agence qui sait que vous attendez des résultats dans les 90 premiers jours va prioriser des mots-clés à fort intent d’achat plutôt que des mots-clés informationnels. Si vous êtes dans une logique de croissance à 12 mois, la stratégie sera différente, avec une phase de test plus longue et des arbitrages budgétaires progressifs.
2.3 Le budget et les paramètres financiers
Le budget est une donnée que beaucoup d’entreprises hésitent à communiquer, par crainte de se voir proposer une offre alignée sur leur enveloppe maximale plutôt que sur leurs besoins réels. C’est compréhensible, mais cette réticence nuit à la qualité des propositions que vous recevrez. Une agence qui ne connaît pas votre budget ne peut pas vous proposer une stratégie cohérente.
En pratique, distinguez deux niveaux de budget dans votre cahier des charges : le budget média (ce que vous allouez directement aux plateformes publicitaires comme Google Ads) et le budget d’honoraires (ce que vous payez à l’agence pour ses prestations). Sur le marché français, les honoraires d’une agence SEA représentent généralement entre 10 % et 20 % du budget média géré, avec souvent un minimum mensuel compris entre 500 et 2 000 euros selon la taille de l’agence.
Précisez également vos KPIs financiers : coût par acquisition cible, ROAS (Return On Ad Spend) attendu, marge brute sur vos produits prioritaires. Ces données permettent à l’agence de définir des stratégies d’enchères intelligentes et de prioriser les campagnes les plus rentables. Un e-commerçant qui vend des produits à forte marge n’a pas les mêmes contraintes d’enchères qu’un acteur qui travaille sur des marges serrées.
2.4 Les plateformes et types de campagnes souhaités
Le SEA ne se limite pas à Google Search. En fonction de votre cible et de vos objectifs, d’autres plateformes et formats peuvent être pertinents. Indiquez dans votre cahier des charges les canaux que vous souhaitez activer, ou ceux que vous souhaitez exclure, et expliquez pourquoi.
- Google Search : campagnes textuelles sur les requêtes des internautes
- Google Shopping : flux produits pour les e-commerçants, avec Performance Max comme format dominant depuis 2022
- Google Display et Discovery : bannières visuelles pour la notoriété et le remarketing
- YouTube Ads : formats vidéo pour la notoriété ou la considération
- Microsoft Advertising (Bing) : souvent négligé mais pertinent pour certaines cibles B2B ou seniors
- Google Demand Gen : format hybride entre Display et Social pour les audiences de prospection
Si vous avez déjà un compte Google Ads existant, mentionnez-le explicitement. L’agence devra auditer ce compte avant de démarrer, et l’historique des données est précieux pour la phase de lancement. Un compte avec 12 mois d’historique permet à l’algorithme de Google de converger beaucoup plus rapidement vers des enchères optimales qu’un compte créé de zéro.
2.5 Les contraintes techniques et éditoriales
Une agence SEA travaille avec votre site, pas en parallèle de lui. Les campagnes renvoient vers des pages de destination (landing pages) dont la qualité détermine en grande partie le taux de conversion. Si votre site est lent, mal structuré ou peu adapté au mobile, les performances de vos campagnes en pâtiront directement, peu importe la qualité du travail de l’agence.
Précisez dans votre cahier des charges l’état de votre site : CMS utilisé (Shopify, PrestaShop, WordPress, solution custom), score Core Web Vitals si vous le connaissez, taux de conversion actuel par canal, présence ou non d’un flux produit structuré pour les campagnes Shopping. Indiquez également vos contraintes éditoriales : charte graphique, ton de communication, mentions légales obligatoires dans vos annonces (notamment pour les secteurs réglementés comme la finance ou la santé).
2.6 Le cadre organisationnel et les modalités de collaboration
Ce bloc définit comment vous souhaitez travailler avec l’agence au quotidien. Plusieurs questions doivent trouver une réponse dans votre cahier des charges :
- Qui est l’interlocuteur interne côté client ? A-t-il des compétences SEA ou sera-t-il principalement en charge du suivi opérationnel ?
- Quelle fréquence de reporting attendez-vous ? Hebdomadaire, mensuel, ponctuel selon les événements ?
- Souhaitez-vous garder la main sur la validation des annonces avant leur mise en ligne ?
- Quel niveau d’accès souhaitez-vous conserver sur votre compte Google Ads ?
- Quelle durée minimale d’engagement envisagez-vous ? (Les agences sérieuses demandent généralement 6 à 12 mois)
Ces points organisationnels semblent anodins, mais ils conditionnent la fluidité de la collaboration. Une entreprise qui attend des validations hebdomadaires et une transparence totale sur les enchères ne sera pas bien servie par une agence qui travaille en « boîte noire » avec un reporting mensuel synthétique.
3. Les étapes de rédaction d’un cahier des charges SEA efficace
Rédiger un cahier des charges ne s’improvise pas. C’est un exercice de clarification interne avant d’être un exercice de communication externe. Voici la méthode que nous recommandons aux porteurs de projet que nous accompagnons chez La Fabrique du Net.
3.1 Phase de cadrage interne (2 à 3 jours)
Avant d’écrire la première ligne, réunissez les parties prenantes internes concernées par le projet SEA : direction marketing, direction commerciale, responsable e-commerce si applicable, DAF pour les aspects budgétaires. L’objectif de ce cadrage est d’aligner les attentes avant de les formaliser. Des désaccords internes sur les objectifs ou le budget, s’ils ne sont pas résolus en amont, se retrouveront dans votre cahier des charges sous forme d’ambiguïtés que l’agence ne pourra pas lever.
Posez-vous les questions suivantes lors de ce cadrage : pourquoi activez-vous le SEA maintenant ? Avez-vous déjà testé ce levier ? Quelles sont les frustrations actuelles avec votre acquisition payante si elle existe déjà ? Quels sont les trois résultats qui vous permettraient de dire que la collaboration est un succès au bout de six mois ?
3.2 Phase de collecte des données (1 à 2 jours)
Une fois le cadrage interne réalisé, rassemblez les données existantes : exports Google Ads, rapports Google Analytics, données de CRM sur le coût d’acquisition actuel, informations sur la saisonnalité de votre activité. Si vous n’avez pas encore de compte Google Ads, extrayez quand même vos données de trafic organique pour identifier vos mots-clés stratégiques et les pages qui convertissent déjà.
3.3 Phase de rédaction structurée (2 à 4 jours)
Rédigez le document en suivant la structure décrite dans la section précédente. Soyez précis plutôt qu’exhaustif : un cahier des charges de 10 pages bien ciblées vaut mieux qu’un document de 30 pages générique. Chaque information que vous incluez doit aider l’agence à prendre une décision stratégique ou opérationnelle. Si une information ne remplit pas cette fonction, elle est superflue.
3.4 Phase de relecture et de test (1 jour)
Avant d’envoyer votre cahier des charges aux agences, relisez-le avec un oeil externe. Demandez-vous : si je découvrais ce document pour la première fois sans rien connaître de cette entreprise, est-ce que je comprendrais le contexte, les objectifs, les contraintes et les attentes ? Si la réponse est non, des clarifications s’imposent. Certains porteurs de projet que nous accompagnons font même relire leur cahier des charges par un consultant SEA indépendant avant de l’envoyer, ce qui permet d’identifier les angles morts.
4. Retour d’expérience avec une agence partenaire
Pour illustrer concrètement l’impact d’un cahier des charges bien construit, voici un cas que nous avons suivi de près sur la plateforme. Un e-commerçant bordelais spécialisé dans la vente de matériel de bricolage haut de gamme nous a contactés pour être mis en relation avec une agence SEA. Son budget média mensuel était de 8 000 euros, avec des honoraires d’agence de 1 200 euros par mois. Il avait déjà tenté une collaboration avec une agence généraliste 18 mois auparavant, sans succès notable : le ROAS moyen de ses campagnes plafonnait à 2,1, alors que sa marge nécessitait un ROAS minimum de 4 pour que le canal soit rentable.
Ce qui a changé avec la nouvelle collaboration, c’est la qualité du cahier des charges initial. Le client avait pris soin de documenter la structure de son catalogue (3 500 références réparties en 12 familles de produits), ses marges par famille, sa saisonnalité (pic marqué au printemps et en début d’automne), et la performance historique de ses pages de destination. Il avait également précisé que ses clients cibles étaient des artisans professionnels et des particuliers passionnés, avec des comportements de recherche très différents : les uns cherchent des références techniques précises, les autres partent de besoins plus génériques.
Une agence partenaire de La Fabrique du Net spécialisée en SEA e-commerce a pu, grâce à ce contexte, proposer une architecture de compte différenciée avec des campagnes Shopping segmentées par marge et par profil client, une stratégie de mots-clés à exclure très affinée pour éliminer le trafic non qualifié, et une intégration des signaux saisonniers dans les règles automatisées d’enchères. Résultat au bout de cinq mois : un ROAS moyen de 5,3 sur les campagnes Shopping principales, et un coût d’acquisition en baisse de 34 % sur les campagnes Search. La clé n’était pas uniquement la compétence de l’agence, mais la qualité des informations dont elle disposait dès le départ.
5. Les erreurs les plus fréquentes dans un cahier des charges SEA
Les retours que nous recevons de nos porteurs de projet montrent que les mêmes erreurs reviennent de manière systématique dans les cahiers des charges SEA. Les identifier est la première étape pour les éviter.
5.1 Confondre objectifs de visibilité et objectifs de performance
Le SEA est avant tout un levier de performance. Formuler des objectifs en termes de « visibilité » ou d' »impressions » sans les relier à des indicateurs commerciaux conduit l’agence à optimiser pour des métriques qui n’ont pas d’impact sur votre chiffre d’affaires. Une campagne qui génère 500 000 impressions par mois mais zéro conversion est un échec, même si elle remplit l’objectif de visibilité que vous avez fixé. Ancrez systématiquement vos objectifs dans des KPIs mesurables : coût par lead, ROAS, coût par acquisition, chiffre d’affaires généré.
5.2 Omettre les informations sur les marges et la rentabilité
C’est l’une des erreurs les plus coûteuses. Une agence qui ne connaît pas vos marges ne peut pas définir des stratégies d’enchères rentables. Elle va optimiser pour le ROAS global du compte, ce qui peut masquer des situations où des campagnes très visibles sont en réalité déficitaires. Nous avons accompagné des entreprises qui avaient un ROAS affiché de 6 mais qui perdaient de l’argent parce que leurs campagnes phares portaient sur leurs produits d’appel à faible marge, tandis que leurs produits premium à forte marge n’étaient pas correctement mis en avant.
5.3 Négliger la qualité du tracking
Un cahier des charges SEA qui ne mentionne pas la configuration du tracking est incomplet. Sans un suivi des conversions correctement paramétré (via Google Tag Manager, Google Ads Conversion Tracking ou une intégration CRM), l’agence pilote ses campagnes à l’aveugle. Les données de conversion que Google Ads utilise pour ses algorithmes d’enchères automatiques doivent être fiables et précises. Si votre tracking est incomplet ou mal configuré, les algorithmes vont optimiser vers des faux positifs et dégrader les performances réelles. Précisez dans votre cahier des charges l’état actuel de votre tracking et vos attentes en matière de configuration.
5.4 Définir un budget irréaliste par rapport aux objectifs
Nous constatons régulièrement un décalage entre les objectifs affichés et les budgets alloués. Une entreprise qui souhaite générer 50 leads qualifiés par mois dans un secteur où le coût par clic moyen est de 8 euros et le taux de conversion du site est de 3 % a besoin d’un budget média d’au moins 1 300 euros par mois, sans compter les honoraires d’agence. Avec un budget de 500 euros, les données statistiques seront insuffisantes pour que l’algorithme de Google puisse apprendre, et l’agence ne pourra jamais délivrer les résultats attendus. Vérifiez la cohérence de votre budget avant de finaliser votre cahier des charges.
5.5 Ne pas préciser les exclusions
Les exclusions sont aussi importantes que les inclusions dans un brief SEA. Si vous ne voulez pas que vos campagnes apparaissent sur certains termes, dans certaines zones géographiques, à certaines heures, ou sur certains types d’appareils, dites-le explicitement. Les agences ne devinront pas vos sensibilités sectorielles. Un acteur du luxe qui ne veut pas apparaître sur des requêtes incluant le mot « pas cher » ou « discount » doit l’indiquer clairement.
5.6 Ignorer la dimension page de destination
Une agence SEA peut créer les meilleures annonces du monde : si les pages de destination sont mal optimisées, les taux de conversion resteront faibles et le coût par acquisition sera prohibitif. Le cahier des charges doit aborder cette dimension et préciser si l’agence est attendue sur des recommandations d’optimisation des landing pages, ou si cette responsabilité reste entièrement côté client.
6. Comment bien choisir son agence SEA grâce à son cahier des charges
Un bon cahier des charges sert aussi d’outil de sélection. La qualité des réponses que vous recevrez des agences sera le meilleur indicateur de leur niveau d’expertise réel. Voici les critères concrets sur lesquels nous conseillons aux porteurs de projet de s’appuyer.
6.1 Questions précises à poser aux agences
Au-delà de l’examen de leurs propositions commerciales, posez aux agences des questions techniques qui révèlent leur niveau de maîtrise réel :
- Quelle stratégie d’enchères recommandez-vous pour notre contexte, et pourquoi ?
- Comment structureriez-vous notre compte Google Ads compte tenu de notre catalogue produit et de nos marges ?
- Quelle est votre approche concernant les campagnes Performance Max ? Dans quels cas les utilisez-vous, et dans quels cas les évitez-vous ?
- Comment gérez-vous la transition entre une phase d’apprentissage et une phase d’optimisation ?
- Quels sont vos indicateurs de pilotage hebdomadaire, et comment traitez-vous une dégradation des performances ?
- Êtes-vous Google Partner Premier ? Quel est le volume de budget média géré annuellement par votre équipe ?
6.2 Signaux d’alerte à surveiller
Certaines réponses ou comportements d’agences doivent vous alerter. Une agence qui vous propose une offre ferme sans avoir lu votre cahier des charges en détail travaille vraisemblablement à partir de templates génériques. De même, une agence qui garantit un ROAS précis dès la phase de proposition, sans avoir audité votre compte ni testé vos pages de destination, fait une promesse commerciale irresponsable : les performances en SEA dépendent de trop de variables pour être garanties avant les premières semaines de campagne.
Méfiez-vous également des agences qui ne mentionnent pas la phase d’apprentissage des algorithmes de Google. Cette phase, qui dure généralement entre 2 et 6 semaines selon les volumes de conversions, est incontournable quand on utilise des stratégies d’enchères automatiques comme Target CPA ou Target ROAS. Une agence qui vous promet des résultats optimaux dès la première semaine soit ne comprend pas ce mécanisme, soit l’occulte volontairement.
6.3 Indicateurs de qualité mesurables
Pour évaluer objectivement les agences en compétition, construisez une grille de notation qui inclut des critères mesurables : pertinence de l’analyse de votre cahier des charges, qualité de la stratégie proposée, transparence sur les honoraires et la structure des coûts, références clients dans votre secteur, certifications Google (Google Partner, Google Partner Premier), niveau de détail du reporting proposé, et réactivité lors des échanges préalables. Cette dernière donnée est souvent révélatrice : une agence qui met 5 jours à répondre à votre appel d’offres ne sera probablement pas plus réactive une fois la collaboration lancée.
7. Tendances et évolutions du marché SEA en 2024-2025
Le SEA est un domaine en transformation rapide. Les mutations que nous observons sur la plateforme, à travers les demandes de nos porteurs de projet et les pratiques de nos agences partenaires, dessinent clairement les contours du marché à venir.
7.1 L’automatisation croissante et ses implications pour le cahier des charges
Google Ads a profondément automatisé ses mécanismes ces trois dernières années. Les Smart Bidding, les campagnes Performance Max, les responsive search ads (RSA) : toutes ces évolutions déplacent le rôle de l’agence de l’optimisation manuelle des enchères vers la stratégie de signal et la gestion des assets créatifs. Concrètement, cela signifie que la qualité des informations fournies à l’algorithme devient plus déterminante que jamais. Un cahier des charges qui documente précisément les signaux d’audience (listes de clients, segments remarketing, audiences similaires) et les assets créatifs disponibles (visuels, vidéos, textes) permettra à l’agence de nourrir correctement les algorithmes dès le départ.
Une tendance que nous observons clairement dans les demandes que nous recevons est l’augmentation des questions relatives aux campagnes Performance Max. Depuis que Google a généralisé ce format en 2022, de nombreux annonceurs s’interrogent sur la perte de contrôle qu’il représente et sur la manière d’en maximiser l’efficacité. Votre cahier des charges devrait aborder explicitement votre positionnement vis-à-vis de cette question : souhaitez-vous une approche hybride qui combine Performance Max et campagnes Search classiques ? Ou une migration complète vers les nouveaux formats ? La réponse de l’agence à cette question est souvent révélatrice de son degré de maîtrise des enjeux actuels.
7.2 L’intégration du SEA dans une stratégie d’acquisition globale
D’après les projets que nous accompagnons, les entreprises les plus performantes sur le SEA sont celles qui l’intègrent dans une vision globale de leur acquisition digitale. Le SEA ne fonctionne pas en silo : ses résultats sont amplifiés par un SEO solide (moins de dépendance aux mots-clés génériques), une présence sur les réseaux sociaux (audiences de remarketing plus riches), et une bonne qualité de contenu sur le site (meilleur Quality Score, meilleur taux de conversion). Votre cahier des charges gagnera à mentionner vos autres leviers d’acquisition et à définir comment vous envisagez la complémentarité entre eux.
7.3 L’évolution des tarifs et des modèles de facturation
Sur le marché français, nous observons une légère hausse des honoraires des agences SEA depuis 2022, portée par la complexité croissante des plateformes et la pénurie de talents certifiés. Les fourchettes que nous constatons actuellement sont les suivantes : pour une gestion de compte standard avec un budget média entre 2 000 et 10 000 euros par mois, les honoraires se situent généralement entre 800 et 2 000 euros mensuels. Pour des comptes plus complexes ou des budgets supérieurs à 20 000 euros par mois, les honoraires peuvent atteindre 3 000 à 6 000 euros. Attention aux offres très basses, souvent associées à une gestion quasi automatisée avec peu d’interventions humaines réelles sur le compte.
7.4 Les nouvelles demandes clients que nous observons
Parmi les évolutions notables sur la plateforme en 2024, nous constatons une forte augmentation des demandes liées à l’intégration des données first-party dans les stratégies SEA. Face à la disparition progressive des cookies tiers et aux restrictions croissantes sur le tracking, les entreprises cherchent des agences capables de mettre en place des stratégies basées sur leurs données CRM propriétaires : customer match, audiences similaires basées sur des listes clients, modélisation des conversions. Ces compétences ne sont pas encore universellement répandues dans les agences, et les mentionner dans votre cahier des charges vous permettra de trier efficacement les agences réellement avancées sur ces sujets.
8. Ressource prête à l’emploi : modèle de cahier des charges SEA
Le tableau ci-dessous constitue un modèle structuré de cahier des charges SEA que vous pouvez copier-coller et adapter directement à votre situation. Chaque section est pré-remplie avec des exemples réalistes pour vous guider dans la rédaction.
| Section | Informations à renseigner | Exemple de contenu |
|---|---|---|
| Présentation de l’entreprise | Secteur, taille, positionnement, cible principale | PME de 45 salariés, vente de logiciels RH en SaaS, cible : DRH de ETI françaises (200-2000 salariés) |
| Contexte concurrentiel | Principaux concurrents en SEA, positionnement actuel | Concurrents actifs sur Google Ads : Lucca, Eurécia, Factorial. Nous ne sommes pas présents actuellement sur le SEA payant. |
| Objectifs principaux | KPIs chiffrés et horizon temporel | Générer 30 leads qualifiés/mois à un CPL inférieur à 80 euros d’ici le 6e mois, taux de conversion cible : 4 % |
| Budget média mensuel | Enveloppe allouée aux plateformes | 3 500 euros/mois en phase de lancement, extensible à 6 000 euros si ROAS validé |
| Budget honoraires | Enveloppe pour les prestations agence | Maximum 1 200 euros/mois, rémunération fixe souhaitée (pas de % du budget) |
| Plateformes souhaitées | Google Ads, Microsoft Ads, autres | Google Search en priorité, test Microsoft Advertising au 3e mois si résultats positifs |
| Types de campagnes | Search, Shopping, Display, Performance Max, YouTube | Search principalement, Display remarketing après constitution d’audiences (> 1 000 visiteurs/mois) |
| Mots-clés stratégiques | Requêtes prioritaires identifiées en interne | « logiciel RH PME », « gestion congés en ligne », « logiciel paie TPE » — liste complète en annexe |
| Mots-clés à exclure | Requêtes non pertinentes à bloquer | Termes « gratuit », « open source », « logiciel RH formation » (hors périmètre produit) |
| Ciblage géographique | Zones à inclure/exclure | France métropolitaine uniquement, exclusion DOM-TOM (pas de support commercial disponible) |
| Pages de destination | URLs existantes ou à créer | Landing page dédiée existante : /demo-logiciel-rh — conversion tracking à paramétrer sur le formulaire de démo |
| État du tracking | Google Analytics, GTM, conversions paramétrées | GA4 installé, GTM présent, suivi des conversions Google Ads non paramétré — à configurer en phase 1 |
| Interlocuteur client | Nom, fonction, disponibilité | Responsable marketing digital, disponible lundi-jeudi, délai de validation des annonces : 48h maximum |
| Fréquence de reporting | Format et périodicité attendus | Rapport mensuel structuré + point téléphonique mensuel de 30 min, accès temps réel au compte Google Ads |
| Contraintes éditoriales | Ton, mentions obligatoires, éléments interdits | Ton professionnel et direct, pas d’adjectifs superlatifs (« le meilleur », « n°1 »), logo et visuels fournis en annexe |
| Durée d’engagement souhaitée | Durée minimale et conditions de sortie | Engagement minimum 6 mois, résiliation avec préavis d’1 mois après cette période |
| Livrables attendus | Documents, accès, rapports | Audit initial du compte, stratégie de lancement documentée, accès propriétaire au compte Google Ads, rapports mensuels en PDF |
| Critères de sélection agence | Critères de choix hiérarchisés | 1. Expérience SaaS B2B, 2. Certification Google Partner Premier, 3. Références clients vérifiables, 4. Prix |
9. FAQ : les questions fréquentes sur le cahier des charges SEA
Quels sont les objectifs principaux d’un projet SEA ?
Les objectifs d’un projet SEA varient selon le type d’entreprise et son stade de développement, mais ils s’articulent généralement autour de trois grands axes : la génération de leads qualifiés pour les activités de services et le B2B, la génération de ventes directes pour les e-commerçants, et la notoriété de marque pour les acteurs qui cherchent à se positionner sur des requêtes génériques dans leur secteur. L’erreur fréquente est de croire que ces objectifs sont interchangeables ou cumulables sans arbitrage. En pratique, une même campagne ne peut pas à la fois maximiser les volumes de ventes et construire une image de marque haut de gamme : les mots-clés, les enchères et les messages seront différents selon l’objectif prioritaire. Chez La Fabrique du Net, nous recommandons systématiquement de hiérarchiser les objectifs avant de rédiger le cahier des charges, et de n’en retenir qu’un seul comme priorité absolue pour les six premiers mois.
Quelles fonctionnalités doivent être incluses dans mon site pour maximiser les performances SEA ?
Cette question revient régulièrement dans les échanges avec nos porteurs de projet, et elle est plus pertinente qu’il n’y paraît. Un site qui reçoit du trafic payant doit être optimisé pour la conversion, pas seulement pour la navigation. Les fonctionnalités indispensables incluent des formulaires courts et optimisés pour mobile (pas plus de 5 champs pour un premier contact), des pages de destination dédiées par campagne (pas de renvoi systématique vers la page d’accueil), un temps de chargement inférieur à 2,5 secondes sur mobile (mesuré par Google PageSpeed Insights), et un tracking complet des micro-conversions (temps passé sur la page, scroll, clics sur le numéro de téléphone) en plus des macro-conversions. Sans ces fondamentaux, même les meilleures campagnes SEA produiront des résultats décevants.
Quel budget allouer à une campagne SEA ?
Il n’existe pas de budget universel, mais il existe des logiques de calcul que nous enseignons à tous les porteurs de projet que nous accompagnons. Le point de départ est votre objectif de conversion : combien de leads ou de ventes souhaitez-vous générer par mois ? Multipliez ce chiffre par votre coût par acquisition cible pour obtenir votre budget média minimum. Exemple : 20 leads à 60 euros de CPL cible = 1 200 euros de budget média mensuel minimum. À ce budget, ajoutez une marge de 20 à 30 % pour les phases de test et les pertes inévitables lors de l’apprentissage de l’algorithme. Enfin, ajoutez les honoraires d’agence. Sur le marché français, un projet SEA sérieux avec une agence compétente démarre rarement en dessous de 2 000 euros par mois toutes dépenses confondues (média + honoraires). En dessous de ce seuil, les conditions statistiques pour générer des données suffisantes et optimiser les campagnes de manière efficace sont rarement réunies.
Comment mesurer le succès d’un projet SEA ?
La mesure du succès d’un projet SEA doit être définie avant le lancement des campagnes, pas au moment du premier bilan. Les indicateurs à suivre dépendent de vos objectifs, mais certains KPIs sont universellement pertinents : le ROAS (chiffre d’affaires généré divisé par le budget média dépensé), le CPL ou CPA (coût pour obtenir un lead ou une vente), le taux de conversion des pages de destination, et le score de qualité moyen des mots-clés (Quality Score dans Google Ads, indicateur de la pertinence de vos annonces et pages par rapport aux requêtes). Pour évaluer une collaboration avec une agence sur le long terme, regardez l’évolution tendancielle de ces indicateurs sur 3 à 6 mois, pas leurs valeurs absolues les premières semaines. La phase d’apprentissage des algorithmes produit généralement des résultats sous-optimaux pendant les 4 à 8 premières semaines, ce qui ne signifie pas que la stratégie est mauvaise.
10. Les différences entre un cahier des charges pour un site web et un projet SEA
Pour clore ce guide sur un point de clarification essentiel, il est important de synthétiser les différences fondamentales entre ces deux types de documents, que de nombreuses entreprises ont tendance à confondre ou à traiter de manière identique.
Un cahier des charges pour un site web est un document à vocation descriptive et fonctionnelle. Il définit ce qui doit être livré à l’issue du projet : des pages, des fonctionnalités, un design, une architecture technique. Il est rédigé une fois, validé, et sert de référence contractuelle tout au long du projet de développement. Une fois le site livré et recetté, le cahier des charges a rempli son rôle.
Un cahier des charges SEA est fondamentalement différent dans sa nature. Ce n’est pas un document de spécification d’un livrable, c’est un document de contextualisation d’une mission continue. Il ne décrit pas ce que l’agence va construire, mais le cadre dans lequel elle va opérer, les résultats qu’on attend d’elle, et les contraintes qu’elle doit respecter. Il doit être suffisamment précis pour orienter la stratégie initiale, mais suffisamment ouvert pour laisser à l’agence la latitude d’adapter ses approches en fonction des données de performance.
Une autre différence importante tient à la dimension financière. Dans un projet de création de site web, le budget est généralement fixe et connu dès le départ. En SEA, le budget est structurellement évolutif : on commence souvent par tester, puis on scale ce qui fonctionne et on coupe ce qui ne fonctionne pas. Le cahier des charges SEA doit donc définir non pas un budget fixe, mais une enveloppe avec des paliers conditionnels (par exemple : « si le ROAS dépasse 4 au bout de trois mois, nous sommes prêts à augmenter le budget média jusqu’à 15 000 euros par mois »).
Enfin, le cahier des charges SEA implique une dimension de pilotage partagé que le cahier des charges web ne nécessite pas. En web, l’agence livre et le client valide. En SEA, l’agence pilote et le client co-décide sur les grandes orientations stratégiques. Le document initial doit donc définir très précisément les règles de cette gouvernance partagée : qui décide de quoi, avec quels délais, selon quels processus de validation.
Conclusion
Un cahier des charges SEA n’est pas un document administratif de plus dans la pile des procédures internes. C’est l’outil qui détermine, dès le départ, si votre collaboration avec une agence sera productive ou décevante. Les entreprises qui prennent le temps de le rédiger sérieusement ne sont pas celles qui ont le plus de ressources, mais celles qui ont compris que la clarté en amont fait gagner du temps, de l’argent et de la frustration en aval.
Les éléments clés à retenir de ce guide sont les suivants : documentez votre contexte métier avec précision, fixez des objectifs financiers mesurables, définissez votre budget avec une logique de calcul cohérente, précisez vos contraintes techniques et éditoriales, et posez les bases d’une gouvernance claire avec l’agence. Ces cinq piliers suffisent à transformer un brief vague en document de référence qui permettra à votre agence de délivrer une stratégie sur mesure dès la première proposition.
Chez La Fabrique du Net, nous accompagnons chaque année des centaines d’entreprises dans leur recherche d’agence SEA. Notre expérience montre que la qualité du cahier des charges est le facteur le plus prédictif de la réussite d’une collaboration, bien avant le budget alloué ou la notoriété de l’agence choisie. Si vous souhaitez être mis en relation avec des agences SEA sélectionnées et évaluées sur la base de critères objectifs, ou si vous souhaitez faire relire votre cahier des charges avant de le soumettre, notre équipe est disponible pour vous accompagner dans cette démarche. Un bon départ est la meilleure garantie d’un bon résultat.