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Agences Design UX UI Tendances Modèle de cahier des charges pour un projet UX/UI

Modèle de cahier des charges pour un projet UX/UI

Camille Durand
Camille Durand
32 min

Lancer un projet de refonte d’interface ou de création d’une expérience numérique sans cahier des charges, c’est un peu comme construire une maison sans plan d’architecte. Ça peut avancer pendant quelques semaines, puis tout s’arrête, les malentendus s’accumulent, les délais s’allongent et le budget explose. Chez La Fabrique du Net, nous mettons en relation des porteurs de projet avec des agences spécialisées en design UX/UI, ce qui nous donne une vision terrain unique sur ce qui fonctionne et ce qui échoue dès la phase de cadrage. Et ce que nous observons est sans appel : la majorité des projets qui se déroulent mal ont un point commun. Ils ont démarré sans cahier des charges solide, ou avec un document trop vague pour guider réellement l’agence.

Un cahier des charges UX/UI n’est pas un simple formulaire administratif. C’est le document fondateur de la relation entre vous et votre prestataire. Il traduit vos objectifs business en exigences concrètes, protège les deux parties en cas de litige, et garantit que tout le monde parle bien du même projet dès le premier jour. Rédiger ce document demande du temps, de la méthode et une bonne compréhension de ce que recouvre réellement le design UX/UI, une discipline souvent mal cernée par les entreprises qui y font appel pour la première fois.

Cet article vous propose un guide complet et opérationnel pour rédiger votre cahier des charges UX/UI : les éléments indispensables à inclure, les étapes à suivre, les erreurs classiques à éviter, et un modèle prêt à l’emploi que vous pouvez adapter à votre contexte. Que vous soyez une startup qui lance sa première application, une PME qui refond son site institutionnel ou un grand compte qui restructure son tunnel de conversion, vous trouverez ici une méthode applicable à votre situation.

1. Qu’est-ce qu’un cahier des charges UX/UI et pourquoi est-il indispensable ?

Le cahier des charges UX/UI est un document de référence qui formalise l’ensemble des besoins, contraintes et objectifs d’un projet lié à l’expérience utilisateur (UX) et à l’interface graphique (UI). Il s’adresse à l’agence ou au freelance en charge de la conception, mais aussi en interne à toutes les parties prenantes : direction, équipes marketing, développeurs, service client.

La distinction entre UX et UI est importante à comprendre avant même de rédiger quoi que ce soit. L’UX design, ou user experience design, recouvre tout ce qui touche à l’architecture de l’information, aux parcours utilisateurs, à l’arborescence, aux wireframes et à la logique fonctionnelle d’une interface. L’UI design, ou user interface design, concerne la couche visuelle : typographie, couleurs, composants graphiques, charte visuelle et mise en page. Ces deux disciplines sont complémentaires, mais elles font appel à des compétences différentes. Un cahier des charges bien rédigé distingue clairement les livrables attendus dans chacune de ces dimensions.

Sur les centaines de mises en relation que nous réalisons chaque année dans le domaine du design digital, nous constatons que plus de 60 % des incompréhensions entre clients et agences surviennent parce que le périmètre UX et le périmètre UI n’ont pas été clairement délimités dès le départ. Le client pense avoir commandé une refonte complète, l’agence pensait n’être mandatée que pour la partie graphique. Résultat : des allers-retours interminables, des avenants contractuels et une relation commerciale dégradée.

Un bon cahier des charges remplit trois fonctions essentielles. Il cadre le projet en fixant les objectifs, les contraintes techniques et les livrables attendus. Il constitue un outil de sélection pour évaluer et comparer les propositions des agences sur des critères objectifs. Enfin, il sert de référence contractuelle tout au long du projet, en permettant de vérifier que ce qui est livré correspond bien à ce qui a été demandé.

2. Les éléments clés d’un cahier des charges UX/UI

Un cahier des charges UX/UI efficace ne se résume pas à une liste de souhaits. Il doit couvrir des dimensions précises, organisées de manière logique pour qu’une agence puisse en extraire rapidement ce dont elle a besoin pour construire une proposition chiffrée et argumentée. Voici les grandes composantes à ne jamais négliger.

2.1 La présentation de l’entreprise et du contexte

Avant de parler d’interface, une agence doit comprendre qui vous êtes, dans quel secteur vous évoluez, quelles sont vos valeurs, votre positionnement concurrentiel et vos cibles. Ce contexte n’est pas une formalité : il conditionne directement les choix de design. Une interface pour une plateforme B2B dans le secteur industriel n’obéit pas aux mêmes codes qu’une application de bien-être destinée au grand public.

Dans cette section, vous devez inclure :

  • La description de votre activité et de votre modèle économique
  • Votre positionnement sur le marché et vos principaux concurrents
  • Vos personas utilisateurs, si vous en avez déjà défini
  • Les supports existants (site web actuel, application, charte graphique) et leur état
  • Le contexte du projet : pourquoi maintenant, qu’est-ce qui a déclenché cette initiative

2.2 Les objectifs du projet

C’est la section la plus stratégique du cahier des charges, et paradoxalement la plus souvent bâclée. Les objectifs doivent être formulés de manière mesurable, pas en termes vagues comme « améliorer l’expérience utilisateur » ou « rendre le site plus moderne ». Ces formulations ne permettent pas à une agence de construire une proposition sérieuse ni de mesurer leur propre performance en fin de projet.

Reformulez vos objectifs en KPIs concrets : réduire le taux de rebond de 30 %, augmenter le taux de conversion du tunnel d’achat de 15 %, diminuer le nombre d’appels au support client liés à des problèmes de navigation, atteindre un score SUS (System Usability Scale) supérieur à 75 après refonte. Ces indicateurs permettent à l’agence de calibrer ses choix méthodologiques et de proposer des tests utilisateurs pertinents.

2.3 Le périmètre fonctionnel

Cette section détaille les fonctionnalités et les écrans concernés par le projet. Elle doit distinguer ce qui est dans le scope, ce qui est hors scope et ce qui est optionnel ou prévu pour une phase ultérieure. Pour un projet de refonte de site, cela signifie lister les types de pages (homepage, pages catégories, fiches produits, tunnel de commande, espace compte client, etc.) et indiquer pour chacune si elle est concernée par la mission.

Pour un projet d’application mobile, vous préciserez le nombre d’écrans estimé, les flux principaux (onboarding, connexion, dashboard, parcours d’achat ou de service) et les contraintes de compatibilité (iOS, Android, PWA). Plus ce périmètre est précis, plus les devis reçus seront comparables et fiables.

2.4 Les contraintes techniques et d’intégration

Un designer UX/UI ne travaille pas dans le vide. Ses livrables doivent pouvoir être intégrés dans un environnement technique existant. Vous devez donc mentionner le CMS utilisé (WordPress, Shopify, Drupal, développement sur mesure), le framework front-end si pertinent (React, Vue.js, Angular), les outils d’analytics en place (GA4, Matomo), les solutions CRM ou e-commerce connectées, et toute contrainte d’accessibilité (conformité RGAA, WCAG AA ou AAA).

La question de l’accessibilité numérique mérite une attention particulière. Depuis le renforcement des obligations légales en France pour les organismes publics et para-publics, et la pression croissante des directions RSE dans les grandes entreprises, la conformité RGAA devient un critère de sélection à part entière. Mentionnez explicitement si vous attendez de l’agence une conception accessible dès la phase design.

2.5 Les livrables attendus

C’est ici que beaucoup de cahiers des charges manquent de précision. « Maquettes Figma » est une réponse insuffisante. Vous devez préciser :

  • Des wireframes basse ou haute fidélité, pour quels écrans et quels breakpoints
  • Un prototype interactif (cliquable) à des fins de test utilisateur
  • Un design system ou une bibliothèque de composants réutilisables
  • Des maquettes responsive pour les versions desktop, tablette et mobile
  • Des guidelines de handoff pour les développeurs (espacements, typographies, tokens de design)
  • Des rapports de tests utilisateurs ou des synthèses de recherche UX si cette phase est incluse

Le format de livraison doit également être spécifié. Figma est aujourd’hui l’outil de référence du marché, utilisé par la quasi-totalité des agences UX/UI françaises. Adobe XD, Sketch ou InVision sont encore présents mais en recul. Si votre équipe interne utilise un outil spécifique, précisez-le pour éviter les problèmes de compatibilité.

2.6 Le budget et le calendrier

Indiquer une fourchette budgétaire dans un cahier des charges n’est pas une faiblesse. C’est un acte de transparence qui aide les agences à calibrer leur proposition. Une agence qui reçoit un brief sans indication de budget passera plusieurs heures à formuler une proposition qui sera peut-être deux fois trop chère ou deux fois trop basique par rapport à vos attentes.

D’après les projets que nous accompagnons chez La Fabrique du Net, les budgets des projets UX/UI se répartissent généralement ainsi : entre 8 000 et 25 000 euros pour une refonte de site vitrine ou institutionnel incluant recherche utilisateur, wireframes et maquettes UI, entre 20 000 et 60 000 euros pour une application métier ou un site e-commerce de taille moyenne, et au-delà de 80 000 euros pour des projets complexes à forte dimension stratégique. Ces chiffres s’entendent hors développement.

Pour le calendrier, indiquez vos contraintes impératives (date de lancement liée à une campagne marketing, renouvellement de contrat avec l’hébergeur, etc.) et une estimation de la durée souhaitée. Un projet de refonte UX/UI de qualité demande en général entre 2 et 5 mois selon la complexité.

3. Les étapes à suivre pour rédiger votre cahier des charges

Rédiger un cahier des charges n’est pas un exercice solitaire. C’est un processus collaboratif qui doit impliquer les bonnes personnes au bon moment. Voici la méthode que nous recommandons, basée sur l’observation de projets aboutis.

3.1 Phase de cadrage interne : aligner les parties prenantes

Avant d’écrire la première ligne du document, organisez un ou deux ateliers internes pour recueillir les besoins de chaque département concerné. Le marketing a des attentes sur la conversion, le service client sur la réduction des frictions, la DSI sur la compatibilité technique, la direction sur le positionnement de marque. Ces perspectives peuvent être contradictoires, et c’est normal. Le cahier des charges doit refléter les arbitrages faits en interne, pas un consensus mou qui dilue les priorités.

Utilisez des méthodes simples pour structurer cet atelier : une matrice de priorisation des besoins (must have, should have, nice to have), une cartographie des parcours utilisateurs actuels avec identification des points de friction, ou un benchmark rapide de sites ou applications concurrents ou inspirants.

3.2 Phase de recherche : connaître vos utilisateurs

Un cahier des charges UX/UI solide s’appuie sur une connaissance réelle des utilisateurs finaux. Si vous n’avez pas encore de personas définis, c’est le moment de les construire, même de manière sommaire. Appuyez-vous sur les données disponibles : analytics du site actuel, historiques du support client, enquêtes de satisfaction, entretiens qualitatifs avec quelques clients représentatifs.

Ces éléments de connaissance utilisateur seront précieux pour l’agence. Ils lui évitent de partir de suppositions et permettent de concentrer les efforts de design sur les vrais besoins, pas sur des hypothèses de bureau. Une agence sérieuse appréciera d’avoir ces données dès le brief ; une agence qui ne les demande pas est un signal d’alerte.

3.3 Phase de rédaction : structurer et documenter

La rédaction du document lui-même doit suivre une structure logique et progressive. Commencez par le contexte et les objectifs, puis descendez vers le détail fonctionnel, les contraintes techniques et les livrables. Terminez par les modalités pratiques (budget, calendrier, critères de sélection des agences).

Soyez synthétique mais précis. Un cahier des charges de 6 à 15 pages est généralement suffisant pour un projet de taille standard. Au-delà, vous risquez de noyer l’information essentielle dans des détails secondaires. Utilisez des annexes pour les éléments complémentaires : captures d’écran, liens vers des interfaces de référence, charte graphique existante.

3.4 Phase de validation et de diffusion

Une fois rédigé, le document doit être relu et validé par toutes les parties prenantes internes avant d’être envoyé aux agences. Cette étape évite les allers-retours embarrassants après la réception des propositions. Elle permet aussi d’identifier les zones floues ou les contradictions qui pourraient déstabiliser les prestataires en phase de réponse.

Lorsque vous envoyez le cahier des charges aux agences, accompagnez-le d’une note de contexte précisant les conditions de la consultation : nombre d’agences consultées, date limite de réponse, format attendu pour les propositions, et si une réunion de brief est prévue avant la remise des offres.

4. Les erreurs les plus fréquentes dans la rédaction d’un cahier des charges UX/UI

Les retours que nous recevons de nos porteurs de projet montrent que certaines erreurs reviennent de manière quasi systématique. Les identifier permet de les éviter avant qu’elles ne coûtent du temps et de l’argent.

4.1 Confondre solution et besoin

L’erreur la plus répandue consiste à décrire une solution technique plutôt qu’un besoin métier. « Je veux un carrousel d’images en page d’accueil » est une solution. « Je veux mettre en avant mes trois offres phares de manière dynamique » est un besoin. En imposant une solution dans le brief, vous fermez la porte à des alternatives que l’agence aurait pu proposer, et qui auraient peut-être mieux répondu à votre objectif. Les carrousels, pour prendre cet exemple, sont d’ailleurs régulièrement déconseillés en UX car ils réduisent le taux de clic sur les éléments après le premier slide.

4.2 Négliger la phase de recherche utilisateur

Beaucoup d’entreprises, surtout les PME qui font face à des contraintes budgétaires, ont tendance à supprimer la phase de recherche utilisateur pour aller directement aux maquettes. C’est une économie de court terme qui peut coûter très cher. D’après les projets que nous accompagnons, les refontes menées sans phase de recherche préalable génèrent en moyenne 40 % de demandes de modifications supplémentaires après livraison, ce qui annule l’économie initiale et dégrade la relation client-agence.

4.3 Sous-estimer le périmètre mobile

En France, le trafic mobile représente aujourd’hui plus de 55 % des sessions web selon les données consolidées des projets e-commerce que nous suivons. Pourtant, de nombreux cahiers des charges traitent encore le design mobile comme une déclinaison secondaire du desktop. C’est une erreur de conception : une approche mobile-first doit être mentionnée explicitement si vous souhaitez que l’agence priorise la conception pour les petits écrans dès le départ.

4.4 Oublier les contraintes d’accessibilité

L’accessibilité numérique est trop souvent mentionnée comme une « bonne pratique » optionnelle alors qu’elle devrait être une exigence de base. La loi française impose des obligations précises aux établissements publics depuis la transposition de la directive européenne sur l’accessibilité du web, et le secteur privé est de plus en plus concerné. Ne pas mentionner les exigences d’accessibilité dans votre cahier des charges, c’est risquer de recevoir des livrables non conformes qu’il faudra retravailler, parfois en profondeur.

4.5 Ne pas définir les critères de validation

Comment saurez-vous que les maquettes livrées répondent à vos attentes ? Sur quels critères jugerez-vous que le projet est terminé ? En l’absence de critères d’acceptation définis en amont, les projets UX/UI s’enlisent dans des cycles infinis de retours subjectifs. « Je n’aime pas cette couleur », « le bouton me semble trop petit » : ces retours sans ancrage objectif sont le symptôme direct d’un cahier des charges insuffisamment précis sur les attendus et les critères de validation.

5. Retour d’expérience avec une agence partenaire

Pour illustrer concrètement ce que permet un cahier des charges bien rédigé, voici un cas que nous avons accompagné chez La Fabrique du Net. Une PME spécialisée dans la vente en ligne de produits artisanaux alimentaires nous a contactés avec un problème clair : son taux de conversion e-commerce stagnait à 0,8 %, bien en dessous de la moyenne du secteur (estimée entre 1,5 et 2,5 % pour ce type de boutique). Les dirigeants avaient une intuition : le tunnel d’achat était trop complexe et les fiches produits insuffisamment engageantes. Mais ils n’avaient pas de données pour confirmer cette hypothèse.

Nous les avons accompagnés dans la rédaction d’un cahier des charges structuré, en les aidant notamment à formuler des objectifs mesurables (atteindre 1,8 % de taux de conversion en 6 mois), à lister les écrans prioritaires (fiche produit, panier, tunnel de commande) et à documenter les données analytics disponibles. Le budget alloué était de 22 000 euros, incluant une phase de recherche utilisateur (tests de sessions enregistrées avec Hotjar, entretiens qualitatifs avec 8 clients), la conception des wireframes et des maquettes UI, et le handoff aux développeurs internes.

Une agence partenaire de La Fabrique du Net spécialisée en design UX/UI a été sélectionnée sur la base de ce brief. Elle a conduit le projet en 14 semaines. Les principaux insights de recherche ont révélé que le tunnel d’achat comportait 6 étapes là où 3 suffisaient, et que les photos produits ne répondaient pas aux standards attendus par les acheteurs alimentaires en ligne (absence de visuels d’utilisation, de photos de texture en gros plan). La refonte a permis d’atteindre un taux de conversion de 2,1 % en trois mois après lancement, soit une progression de 162 % par rapport à la situation initiale, et un ROI estimé à moins de 9 mois.

Ce résultat n’aurait pas été possible sans un cahier des charges qui avait clairement défini les objectifs, le périmètre et les critères de succès. L’agence a pu concentrer son énergie sur les bons sujets dès le premier sprint.

6. Comment bien choisir son agence pour un projet UX/UI

Un bon cahier des charges ne suffit pas si vous le soumettez aux mauvaises agences. Le choix du prestataire est une décision aussi importante que la qualité du document lui-même. Voici les critères que nous recommandons d’évaluer, basés sur notre expérience de mise en relation.

6.1 Les questions à poser obligatoirement

Lors des rendez-vous de brief avec les agences candidates, certaines questions permettent de distinguer rapidement les prestataires solides des prestataires superficiels :

  • Quelle est votre méthodologie de recherche utilisateur et comment intégrez-vous ces insights dans le design ?
  • Pouvez-vous nous montrer un cas concret où vos choix de design ont eu un impact mesurable sur les KPIs du client ?
  • Comment gérez-vous les conflits entre les préférences esthétiques du client et les bonnes pratiques UX ?
  • Quel est votre processus de handoff aux développeurs, et avez-vous l’habitude de travailler avec des équipes techniques internes ?
  • Comment organisez-vous les cycles de révision et quels sont vos critères d’acceptation des livrables ?

6.2 Les signaux d’alerte à surveiller

Certains comportements lors de la phase de consultation doivent vous alerter. Une agence qui propose des maquettes dès la première réunion de brief, sans phase de découverte ni analyse de vos utilisateurs, fait du design décoratif, pas du design centré utilisateur. Une agence qui ne demande pas accès à vos données analytics pour préparer sa proposition ne s’appuie pas sur des faits. Une agence qui ne parle jamais de tests utilisateurs dans sa méthodologie opère en chambre, sans validation terrain.

Méfiez-vous également des propositions commerciales qui ne détaillent pas les livrables précis et les jalons de validation. « Conception du site web » à 15 000 euros n’est pas un devis, c’est un chèque en blanc. Exigez un détail des livrables, des étapes et des formats de fichiers attendus.

6.3 Les indicateurs de qualité mesurables

Pour évaluer la qualité d’une agence UX/UI de manière objective, appuyez-vous sur des indicateurs concrets. La qualité de son portfolio est un premier filtre : les cas d’usage présentés mentionnent-ils des objectifs, une méthodologie et des résultats mesurables, ou se limitent-ils à des captures d’écran de belles interfaces ? La composition de l’équipe est également révélatrice : une agence sérieuse distingue les rôles UX researcher, UX designer et UI designer, même si ces rôles sont parfois portés par les mêmes personnes sur les petits projets.

Enfin, la maîtrise des outils de design collaboratif (Figma, notamment) et des méthodes de recherche (tests utilisateurs modérés ou non modérés, tri de cartes, tests A/B) est un indicateur de professionnalisme. Une agence qui travaille encore sous Photoshop pour livrer des maquettes UI non interactives en 2024 accuse un retard méthodologique significatif.

7. Tendances et évolutions du marché du design UX/UI

Le marché du design UX/UI évolue rapidement, et certaines tendances observées chez La Fabrique du Net méritent d’être intégrées dans votre réflexion au moment de rédiger votre cahier des charges.

7.1 L’intégration de l’intelligence artificielle dans le processus de design

Une tendance que nous observons clairement dans les demandes que nous recevons est la montée en puissance des outils d’IA dans le workflow des agences. Des plugins comme Figma AI, des outils comme Galileo AI ou Uizard permettent de générer des wireframes ou des premières versions d’interface à partir de prompts textuels. Ces outils accélèrent les phases d’idéation et de prototype basse fidélité, mais ne remplacent pas la phase de recherche utilisateur ni la réflexion stratégique sur les parcours.

Pour vous en tant que client, cela signifie deux choses. D’un côté, les délais de production de maquettes peuvent être réduits, ce qui peut jouer favorablement sur les budgets. De l’autre, vous devez vous assurer que l’agence utilise ces outils comme accélérateurs de créativité, pas comme substituts à la réflexion UX. La question « comment utilisez-vous l’IA dans votre processus de design ? » est désormais pertinente à poser lors du brief.

7.2 La montée du design system comme livrable stratégique

Nous observons une demande croissante pour la livraison de design systems complets plutôt que de simples maquettes de pages. Un design system est une bibliothèque de composants réutilisables (boutons, formulaires, cartes, modales, typographies, tokens de couleur) qui permet aux équipes de développement de maintenir une cohérence visuelle sur le long terme, même sans faire appel à l’agence pour chaque évolution.

Cette approche, initialement réservée aux grandes entreprises, se démocratise. Elle représente un investissement initial plus élevé (comptez entre 15 000 et 40 000 euros pour un design system complet sur un projet de taille standard) mais génère des économies significatives sur les cycles de maintenance et d’évolution ultérieurs. Si votre projet a vocation à évoluer fréquemment, mentionnez explicitement dans votre cahier des charges si vous souhaitez que le design system fasse partie des livrables.

7.3 L’évolution des tarifs et des modèles commerciaux

Le marché des agences UX/UI françaises connaît une polarisation croissante. D’un côté, des studios spécialisés à haute valeur ajoutée, souvent parisiens, avec des TJM (taux journaliers moyens) compris entre 800 et 1 400 euros par jour et une expertise UX research poussée. De l’autre, des agences full service qui intègrent le design dans une offre plus large (développement, SEO, marketing) avec des tarifs plus accessibles mais une spécialisation UX parfois moins profonde.

Les modèles de collaboration évoluent également. Le forfait projet reste dominant, mais nous voyons émerger des formules en abonnement mensuel (design as a service), particulièrement adaptées aux startups en croissance qui ont besoin d’un flux continu de livrables design sans recruter en interne. Ces formules, généralement entre 3 000 et 8 000 euros par mois, permettent une flexibilité et une réactivité intéressantes pour certains profils de clients.

8. Ressource prête à l’emploi : modèle de cahier des charges UX/UI

Le tableau ci-dessous vous propose un modèle structuré de cahier des charges UX/UI, avec des exemples de contenu pré-remplis que vous pouvez copier et adapter directement à votre projet. Chaque section indique l’information à fournir et donne un exemple concret pour vous guider dans la rédaction.

Section Sous-section Contenu à renseigner Exemple
1. Présentation de l’entreprise Activité et secteur Description courte de l’activité, du secteur et du modèle économique Boutique e-commerce de cosmétiques naturels, B2C, CA 2M€/an, 80 % du trafic issu du référencement naturel
1. Présentation de l’entreprise Cibles utilisateurs Description des personas principaux Femmes 28-45 ans, urbaines, sensibles à l’éco-responsabilité, 70 % sur mobile
1. Présentation de l’entreprise Contexte du projet Raison du lancement du projet Taux de conversion e-commerce à 0,9 %, objectif 2 % ; site actuel construit en 2019, non responsive
2. Objectifs du projet Objectifs business KPIs mesurables attendus +100 % de taux de conversion, -25 % de taux d’abandon panier, score SUS > 80
2. Objectifs du projet Objectifs secondaires Objectifs complémentaires Renforcement de la perception de marque premium, amélioration du temps de chargement
3. Périmètre fonctionnel Écrans dans le scope Liste des pages ou écrans concernés Homepage, page liste produits, fiche produit, panier, tunnel de commande (4 étapes), espace compte
3. Périmètre fonctionnel Écrans hors scope Ce qui n’est pas inclus dans cette phase Blog, page contact, CGV, mentions légales
4. Contraintes techniques CMS et environnement Plateforme technique existante Shopify, intégration Klaviyo (email) et Trustpilot (avis)
4. Contraintes techniques Accessibilité Niveau de conformité attendu RGAA niveau AA, conformité aux critères de contraste WCAG 2.1
4. Contraintes techniques Analytics Outils de mesure en place Google Analytics 4, Hotjar (enregistrements de sessions)
5. Livrables attendus Phase UX Documents et livrables UX attendus Audit UX du site actuel, personas validés, wireframes basse fidélité des écrans clés, prototype interactif pour tests utilisateurs
5. Livrables attendus Phase UI Documents et livrables UI attendus Maquettes haute fidélité desktop et mobile (Figma), design system avec composants réutilisables, guide de handoff développeurs
5. Livrables attendus Formats de fichier Formats et outils attendus Figma (fichier partagé en accès éditeur), export PNG/SVG pour les assets graphiques
6. Budget et calendrier Budget indicatif Fourchette budgétaire allouée Entre 18 000 et 25 000 € TTC, hors développement
6. Budget et calendrier Contraintes de délai Dates clés et contraintes impératives Lancement souhaité avant le 1er septembre (campagne de rentrée), démarrage projet possible dès le 1er juin
6. Budget et calendrier Jalons de validation Points de validation prévus Validation wireframes (semaine 4), validation maquettes desktop (semaine 8), validation responsive et design system (semaine 12)
7. Critères de sélection Expérience sectorielle Expérience attendue chez l’agence Minimum 2 références en e-commerce B2C, idéalement dans le secteur beauté ou lifestyle
7. Critères de sélection Composition de l’équipe Profils attendus sur le projet UX designer senior + UI designer + UX researcher (même si rôles mutualisés)
7. Critères de sélection Format de la réponse attendue Structure de la proposition commerciale attendue Présentation de la méthodologie, planning prévisionnel, équipe mobilisée, devis détaillé par phase et livrable

Ce modèle est volontairement complet. Pour un projet plus simple ou un budget plus contraint, vous pouvez condenser certaines sections, notamment en fusionnant les phases UX et UI si votre périmètre est limité. L’essentiel est de ne jamais supprimer les sections « objectifs », « périmètre » et « livrables », qui sont les piliers d’un brief exploitable.

9. Des exemples de modèles de cahier des charges selon le type de projet

Il n’existe pas un seul type de cahier des charges UX/UI. Le document doit s’adapter à la nature du projet, à sa complexité et aux enjeux spécifiques du contexte. Voici comment adapter la structure selon les cas de figure les plus fréquents que nous traitons chez La Fabrique du Net.

9.1 Cahier des charges pour une refonte de site web

La refonte de site est le cas d’usage le plus courant. Le cahier des charges doit dans ce cas inclure un audit de l’existant (trafic, taux de rebond, pages les plus visitées, performances sur mobile) qui sert de point de départ au diagnostic. Il doit également préciser si la refonte est progressive (page par page) ou globale, et comment la transition sera gérée pour éviter une perte de référencement naturel. La question du SEO technique doit être abordée, même si elle ne relève pas directement de la mission UX/UI : les choix d’architecture de l’information ont un impact direct sur le crawl des moteurs de recherche.

9.2 Cahier des charges pour une application mobile

Pour un projet d’application mobile, le cahier des charges doit intégrer des contraintes spécifiques absentes des projets web. Les guidelines de design des plateformes (Human Interface Guidelines d’Apple pour iOS, Material Design de Google pour Android) doivent être mentionnées, de même que la question du design natif versus hybride. Le nombre d’écrans à concevoir doit être estimé, et les flux principaux documentés sous forme de diagrammes de flux (user flows) si possible.

9.3 Cahier des charges pour un outil B2B ou une application métier

Les projets d’outils métier (back-office, ERP, plateforme SaaS) ont des exigences UX particulières, souvent sous-estimées. Les utilisateurs sont des professionnels qui utilisent l’outil plusieurs heures par jour : l’efficacité, la densité d’information et la réduction des erreurs priment sur l’esthétique. Le cahier des charges doit décrire en détail les workflows métier, les rôles utilisateurs et les droits d’accès associés, ainsi que les intégrations avec les systèmes existants (ERP, CRM, outils de ticketing). Une phase d’observation terrain des utilisateurs actuels est souvent recommandée pour ce type de projet avant toute phase de design.

10. FAQ : les questions les plus fréquentes sur le cahier des charges UX/UI

Qu’est-ce qu’un cahier des charges et pourquoi est-il important ?

Un cahier des charges est un document contractuel et opérationnel qui formalise les besoins, les objectifs, les contraintes et les livrables d’un projet. Dans le contexte UX/UI, il est particulièrement important parce que le design est un domaine où les attentes sont souvent subjectives et les livrables difficiles à définir sans cadre précis. Sans ce document, les entreprises s’exposent à des désaccords sur le périmètre des prestations, à des dépassements de budget non anticipés et à des délais qui s’allongent indéfiniment. Sur les projets que nous suivons chez La Fabrique du Net, les porteurs de projet qui ont rédigé un cahier des charges structuré avant de consulter des agences obtiennent des propositions en moyenne 30 % plus précises et comparables entre elles, ce qui facilite considérablement la prise de décision.

Quels sont les besoins spécifiques à inclure dans un cahier des charges UX/UI ?

Au-delà des informations générales sur l’entreprise et le projet, un cahier des charges UX/UI doit impérativement inclure des éléments spécifiques à cette discipline. La description des personas et des parcours utilisateurs actuels, les données analytics disponibles, les résultats d’éventuels tests utilisateurs ou enquêtes de satisfaction existants sont des informations précieuses que beaucoup d’entreprises oublient de transmettre. Du côté des exigences, précisez si vous attendez une phase de recherche utilisateur (et pas seulement de la conception), si des tests utilisateurs sont prévus pour valider les maquettes avant développement, et si vous avez des contraintes d’accessibilité ou de conformité réglementaire à respecter. Ces éléments conditionnent directement le chiffrage et la méthodologie proposés par les agences.

Comment structurer le document pour qu’il soit efficace ?

La structure la plus efficace part du général vers le particulier, en suivant une logique de contexte, objectifs, périmètre, contraintes, livrables et modalités pratiques. Chaque section doit répondre à une question précise : qui êtes-vous et quel est votre contexte ? Que voulez-vous accomplir et comment le mesurerez-vous ? Qu’est-ce qui est inclus dans la mission et qu’est-ce qui ne l’est pas ? Quelles sont les contraintes techniques, légales ou organisationnelles à respecter ? Quels fichiers, documents ou prototypes devront être livrés, et dans quel format ? Quel est votre budget et votre calendrier ? Cette progression logique permet à une agence de lire le document de manière fluide et d’en extraire tous les éléments nécessaires à la construction d’une proposition pertinente.

Un cahier des charges UX/UI est-il différent d’un cahier des charges web classique ?

Oui, de manière significative. Un cahier des charges web classique se concentre souvent sur les fonctionnalités techniques et le contenu. Un cahier des charges UX/UI va plus loin en documentant les besoins des utilisateurs finaux, les parcours et les points de friction, les méthodes de recherche à mobiliser, les livrables intermédiaires (wireframes, prototypes interactifs) et les critères d’évaluation de l’expérience utilisateur. Il intègre également des considérations sur la conception itérative et les cycles de test, qui n’apparaissent généralement pas dans un cahier des charges purement fonctionnel. En résumé, le cahier des charges UX/UI est plus orienté vers les processus de conception et les résultats mesurables sur l’expérience des utilisateurs, tandis qu’un cahier des charges web classique est davantage centré sur les spécifications techniques et fonctionnelles.

Combien de temps faut-il pour rédiger un cahier des charges UX/UI ?

La durée de rédaction dépend de la complexité du projet et de la maturité de l’entreprise sur ses propres besoins. Pour un projet standard (refonte de site ou application de taille moyenne), comptez entre 2 et 4 semaines de travail effectif, réparties entre les ateliers internes de cadrage, la collecte de données, la rédaction et les cycles de relecture. Ce temps peut sembler long, mais il est largement rentabilisé par la qualité des propositions reçues et la réduction des allers-retours pendant le projet. Les porteurs de projet qui nous contactent parfois en urgence, avec un brief rédigé en quelques heures, finissent systématiquement par passer plus de temps à clarifier et recadrer le projet avec l’agence que s’ils avaient investi ce temps en amont.

Conclusion

Un cahier des charges UX/UI bien rédigé n’est pas un luxe réservé aux grands comptes. C’est un investissement accessible à toute entreprise, quelle que soit sa taille, qui souhaite aborder un projet de design numérique avec sérieux et efficacité. Il protège vos intérêts, cadre la mission de l’agence et permet de mesurer objectivement les résultats obtenus.

Les points essentiels à retenir de ce guide sont les suivants. Définissez des objectifs mesurables plutôt que des intentions vagues. Délimitez précisément le périmètre UX et le périmètre UI. Documentez vos utilisateurs et partagez toutes les données disponibles. Précisez les livrables attendus, les formats et les critères d’acceptation. Indiquez une fourchette budgétaire pour recevoir des propositions calibrées. Et enfin, incluez les contraintes techniques et d’accessibilité dès le départ pour éviter les reprises coûteuses en fin de projet.

Si vous souhaitez aller plus loin et bénéficier d’un accompagnement pour identifier les agences UX/UI les plus adaptées à votre projet, La Fabrique du Net met en relation chaque année des centaines d’entreprises avec des agences spécialisées et rigoureusement sélectionnées. Notre équipe peut vous aider à affiner votre cahier des charges et à cibler les prestataires les plus pertinents selon votre secteur, votre budget et vos enjeux spécifiques. Un projet UX/UI réussi commence toujours par un brief solide : vous venez de poser les bases du vôtre.

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