Guide pour bien choisir son logiciel de gpao et mes
Planifier les ordres de fabrication, suivre ce qui se passe réellement à l'atelier, mesurer le rendement des machines, tracer les lots : c'est le rôle des logiciels de gestion de production. Deux familles se partagent le terrain. La GPAO (gestion de production assistée par ordinateur), souvent intégrée à un ERP industriel, organise la production : nomenclatures, gammes, besoins en matières, ordres de fabrication. Le MES (Manufacturing Execution System) pilote l'exécution : il collecte en temps réel ce que font les machines et les opérateurs.
Voici mon comparatif des logiciels de GPAO et de MES pour les PME et ETI industrielles, avec les prix publics quand les éditeurs en publient, et les points réglementaires que les comparatifs oublient : traçabilité, norme du TRS, facturation électronique.
GPAO, MES, APS : qui fait quoi ?
- GPAO / ERP industriel : il planifie. Il calcule les besoins en composants, lance les ordres de fabrication, gère les stocks, les achats et souvent la facturation.
- MES : il exécute et mesure. Il suit en temps réel l'avancement des ordres, les arrêts machines, les rebuts et le taux de rendement synthétique (TRS).
- APS (ordonnancement avancé) : il optimise le planning à capacité finie, en tenant compte des contraintes de machines, d'outillages et de personnel.
- Outils terrain : instructions de travail numériques, contrôles qualité, rituels d'amélioration continue, souvent en complément d'un MES.
Une petite entreprise commence le plus souvent par une GPAO, puis ajoute un suivi de production quand elle veut mesurer ses machines. Une ETI multi-sites aura besoin des trois briques, connectées entre elles.
Les logiciels comparés
GPAO et ERP de production français
Clipper, Silog et Sylob appartiennent tous trois à Forterro, un groupe qui revendique 25 000 entreprises industrielles clientes. Clipper vise les TPE et PME, notamment de la mécanique, et affiche un prix à partir de 4 000 € pour 3 utilisateurs. Silog cible aussi les TPE et PME, avec un module de planification et de suivi de production. Sylob est un ERP industriel qui intègre un module d'ordonnancement, et l'un des rares à publier ses prix : 80 € HT par utilisateur et par mois pour l'offre Essentiel, 125 € HT pour l'offre Avancé.
Divalto, éditeur alsacien, propose un ERP pour la production et les activités à l'affaire, en SaaS, destiné aux PME et ETI, affiché à partir de 80 € par utilisateur et par mois. Open-Prod, éditeur grenoblois, propose un ERP de production open source, avec le code source fourni, hébergé en France ou installé chez vous.
MES et suivi de production
Keyprod connecte vos machines avec des boîtiers prêts à l'emploi et affiche le TRS en temps réel, avec un essai gratuit de 30 jours. JITbase suit le TRS, la production et l'ordonnancement à partir des données des machines à commande numérique ; il est gratuit jusqu'à 5 machines, puis de 55 € à 130 € par machine et par mois. Aquiweb, d'Astrée Software, est un MES de suivi du TRS relié à l'ERP, complété par un module d'ordonnancement.
Côté terrain, Picomto numérise les instructions de travail et les contrôles, Fabriq et Tervene outillent l'excellence opérationnelle et le management visuel.
Les plateformes internationales
Siemens Opcenter est une suite complète de gestion des opérations de fabrication, avec une version en SaaS pour les PME. DELMIA Apriso, de Dassault Systèmes, vise la gestion de la production à l'échelle mondiale, et DELMIA Ortems l'ordonnancement à capacité finie. AVEVA MES couvre la production par lots et la production flexible, en cloud hybride. Tulip propose une plateforme d'applications pour les opérateurs, facturée par interface.
Les MRP en ligne pour petits ateliers
MRPeasy est un logiciel de gestion de production en ligne pour les petites entreprises industrielles, qui revendique plus de 2 000 fabricants clients, avec un essai gratuit sans carte bancaire.
Combien coûte un logiciel de gestion de production ?
La plupart des éditeurs de GPAO et de MES travaillent sur devis, car le prix dépend du nombre d'utilisateurs, de machines et de sites, et du paramétrage. Les prix publics relevés le 25 septembre 2026 :
- Sylob : 80 € HT (Essentiel) et 125 € HT (Avancé) par utilisateur et par mois ; offre Expert sur devis.
- Divalto : à partir de 80 € par utilisateur et par mois, options en sus.
- Clipper : à partir de 4 000 € pour 3 utilisateurs.
- JITbase : gratuit jusqu'à 5 machines, puis 55 €, 85 € ou 130 € par machine et par mois, utilisateurs illimités, sans engagement.
- Tulip : 100 $ (Essentials) ou 250 $ (Professional) par interface et par mois, en facturation annuelle, avec un minimum de 10 interfaces.
- MRPeasy : de 49 $ à 149 $ par utilisateur et par mois.
Au-delà de la licence, budgétez le paramétrage (nomenclatures, gammes, reprise des données), la connexion des machines pour un MES, et la formation. Sur un projet de GPAO, c'est une part importante du budget.
Traçabilité : ce que la loi impose, et ce qu'un MES ajoute
Dans plusieurs secteurs, la traçabilité n'est pas une option. C'est souvent elle qui déclenche le projet de MES, alors les textes méritent d'être lus de près.
- Agroalimentaire : le règlement (CE) n° 178/2002, article 18, impose que la traçabilité soit « établie à toutes les étapes de la production, de la transformation et de la distribution ». Les exploitants doivent être en mesure d'identifier qui leur a fourni une denrée ou un ingrédient, et disposer de « systèmes et de procédures permettant d'identifier les entreprises auxquelles leurs produits ont été fournis ».
- Dispositifs médicaux : le règlement (UE) 2017/745 institue un système d'identification unique des dispositifs (IUD) qui « permet l'identification et facilite la traçabilité des dispositifs », avec un identifiant de production qui « identifie l'unité de production du dispositif ».
- Cosmétiques : le règlement (CE) n° 1223/2009, article 8, impose que la fabrication respecte les bonnes pratiques de fabrication.
Notez ce que dit, et ne dit pas, le texte alimentaire : il exige de connaître ses fournisseurs et ses clients, pas de relier chaque lot de matière première à chaque lot de produit fini à l'intérieur de l'usine. C'est précisément ce que permet un MES ou une GPAO bien paramétrée : en cas de rappel, retrouver rapidement les lots de produits finis concernés par un lot de matière défectueux, plutôt que de rappeler toute une production. Ce n'est pas une obligation légale, c'est ce qui limite le coût d'un rappel.
TRS : l'indicateur a une norme française
Le taux de rendement synthétique (TRS), que tout MES met en avant, n'est pas une invention d'éditeur : il est défini par la norme AFNOR NF E60-182, publiée en mai 2002 et confirmée en 2022, qui « précise les définitions des temps d'état et des éléments nécessaires à l'évaluation des indicateurs de performance des moyens de production des industries manufacturières », TRS, TRG et TRE. Au niveau international, la norme ISO 22400 définit les indicateurs de performance de la gestion des opérations de fabrication.
La conséquence pratique est simple : deux logiciels ne calculent pas forcément le TRS de la même façon, selon ce qu'ils comptent comme arrêt planifié ou non. Demandez à l'éditeur si son calcul suit la norme NF E60-182, et faites-le vous montrer sur une de vos machines. Sinon, vous comparerez des chiffres qui ne se comparent pas.
Pour l'intégration entre l'ERP et l'atelier, la norme de référence est l'IEC 62264, qui définit les modèles d'intégration entre les systèmes de gestion de l'entreprise et le contrôle de la production. Un éditeur qui s'y réfère facilite les échanges entre votre GPAO et votre MES.
Deux calendriers à intégrer à votre choix
La facturation électronique. Si votre GPAO fait aussi office d'ERP et émet vos factures, elle doit être prête : selon l'administration fiscale, toutes les entreprises doivent pouvoir recevoir des factures électroniques depuis le 1er septembre 2026, les grandes entreprises et les ETI doivent les émettre depuis cette date, et « pour les PME, TPE et micro-entreprises, cette obligation d'émission s'applique à compter du 1er septembre 2027 ». Vérifiez comment le logiciel se connecte à une plateforme agréée.
L'accompagnement public. Bpifrance propose des missions de conseil pour structurer un projet industriel, dont la mission « Stratégie Industrie du Futur », affichée en septembre 2026 à 13 000 € HT après une prise en charge de 23 % par Bpifrance, pour les entreprises d'au moins 10 salariés et 5 millions d'euros de chiffre d'affaires. Les régions ont aussi leurs dispositifs, mais ils changent souvent : vérifiez ce qui est ouvert au moment de votre projet.
Comment choisir
- Partez du problème : si vous ne savez pas quoi produire ni quand, c'est une GPAO qu'il vous faut ; si vous le savez mais ignorez ce qui se passe réellement sur les machines, c'est un MES ou un suivi de production.
- Votre secteur : traçabilité par lot en agroalimentaire, identifiant unique en dispositifs médicaux, gestion à l'affaire en chaudronnerie ou en mécanique. Demandez des références dans votre métier.
- Vos machines : pour un MES, vérifiez comment le logiciel récupère les données (boîtier, automate, commande numérique, saisie opérateur) sur votre parc réel.
- L'intégration : la GPAO et le MES doivent échanger les ordres de fabrication et les quantités produites. Si vous avez déjà un ERP, commencez par la liste des connecteurs existants.
- Le TRS : faites-vous montrer le calcul sur une de vos machines, et vérifiez sa conformité à la norme NF E60-182.



