11 min de lecture

Analyse emailing : KPI, formules et tableau de bord

Camille DurandCamille DurandÉditorial La Fabrique

Analyser une campagne emailing, c'est vérifier trois choses dans l'ordre : le message est-il arrivé, a-t-il fait réagir, et qu'a-t-il rapporté une fois le clic passé ? Les rapports de votre outil d'emailing couvrent bien les deux premières questions ; la troisième demande de relier l'email à votre site et à vos ventes. Voici les indicateurs à suivre avec leurs formules, les repères publiés en 2026, la méthode pour mesurer l'après-clic, la structure d'un tableau de bord et ce que change la recommandation de la CNIL sur les pixels de suivi.

Réponse courte : pour analyser une campagne emailing, suivez la délivrabilité (emails délivrés ÷ envoyés), le taux de clics (cliqueurs ÷ délivrés), la réactivité (cliqueurs ÷ ouvreurs), les désabonnements et les plaintes, puis la conversion mesurée sur votre site grâce aux paramètres UTM. Le taux d'ouverture est devenu peu fiable avec Apple Mail, et Google indique ne pas le surveiller. Côté plaintes, Google demande de rester sous 0,10 % et de ne jamais atteindre 0,30 %.

Formules des KPI emailing : délivrabilité, ouverture, clic, réactivité, plaintes et conversion, avec leur dénominateur

Les KPI d'une campagne emailing et leurs formules

Pour comparer deux campagnes, il faut d'abord que chaque taux soit calculé de la même façon. Le piège le plus courant : diviser tantôt par les emails envoyés, tantôt par les emails délivrés. Pour illustrer les calculs, prenons une campagne fictive : 10 000 emails envoyés, 9 800 délivrés, 2 500 ouvreurs uniques, 300 cliqueurs uniques, 15 désabonnements, 4 plaintes et 30 commandes attribuées.

Taux de délivrabilité et taux de rebond

Le taux de délivrabilité mesure la part des emails acceptés par les serveurs des destinataires : emails délivrés ÷ emails envoyés, soit 9 800 ÷ 10 000 = 98 % dans notre exemple. Son complément est le taux de rebond (bounces) : 2 %. On distingue les erreurs définitives (hard bounces : adresse inexistante), à supprimer de la liste, des erreurs temporaires (soft bounces : boîte pleine, serveur indisponible).

Attention : « délivré » ne veut pas dire « arrivé en boîte de réception ». Un email accepté par le serveur peut finir dans les indésirables. Pour les envois vers Gmail, l'outil Postmaster Tools de Google donne une vue sur la réputation de votre domaine et votre taux de spam. La configuration technique de l'envoi est détaillée dans notre guide sur le serveur SMTP.

Taux d'ouverture

Formule : ouvreurs uniques ÷ emails délivrés, soit 2 500 ÷ 9 800 = 25,5 %. L'ouverture est détectée par le chargement d'une petite image invisible (pixel de suivi). Or, comme l'explique Apple sur sa page consacrée à la protection de la confidentialité dans Mail, cette fonction télécharge le contenu distant des emails en arrière-plan, que l'utilisateur interagisse avec l'email ou non. Une partie des « ouvertures » n'en sont donc pas.

Page Apple expliquant que la protection de la confidentialité dans Mail télécharge le contenu distant en arrière-plan

Google le dit aussi dans ses consignes pour les expéditeurs : Google ne surveille pas les taux d'ouverture, ne peut pas vérifier ceux fournis par des tiers, et un taux d'ouverture faible n'est pas nécessairement un indicateur fiable de problème de distribution. Utilisez l'ouverture comme une tendance d'une campagne à l'autre, pas comme une mesure exacte.

Taux de clics : calcul

Formule : cliqueurs uniques ÷ emails délivrés, soit 300 ÷ 9 800 = 3,1 %. C'est l'indicateur d'engagement le plus robuste, puisqu'un clic suppose une action réelle (même si certains filtres de sécurité d'entreprise peuvent tester les liens automatiquement). Comptez les cliqueurs uniques plutôt que le nombre total de clics, pour qu'un même lecteur qui clique cinq fois ne gonfle pas le résultat. Notre article sur le taux de clic (CTR) détaille le calcul dans d'autres canaux.

Taux de réactivité

Formule : cliqueurs uniques ÷ ouvreurs uniques, soit 300 ÷ 2 500 = 12 %. Il mesure l'efficacité du contenu une fois l'email ouvert : qualité de l'offre, clarté du bouton, mise en page. Comme il dépend des ouvertures, il hérite de leur fragilité ; il reste utile pour comparer deux versions d'un même contenu.

Taux de désabonnement et taux de plaintes

Désabonnement : désinscriptions ÷ emails délivrés, soit 15 ÷ 9 800 = 0,15 %. Plaintes : signalements comme spam ÷ emails délivrés, soit 4 ÷ 9 800 = 0,04 %. Les plaintes pèsent directement sur la délivrabilité : Google demande de maintenir le taux de spam mesuré dans Postmaster Tools sous 0,10 % et d'éviter d'atteindre 0,30 % ou plus.

Consignes Google pour les expéditeurs : taux de spam sous 0,10 %, à ne jamais porter à 0,30 %, et Google ne surveille pas les taux d'ouverture

Taux de conversion et revenu par email

Conversion : conversions attribuées à l'email ÷ emails délivrés, soit 30 ÷ 9 800 = 0,31 %. On peut aussi la rapporter aux cliqueurs (30 ÷ 300 = 10 %) pour juger la page d'arrivée. En e-commerce, ajoutez le chiffre d'affaires attribué divisé par le nombre d'emails délivrés : c'est le revenu par email, l'indicateur qui permet de comparer une campagne promotionnelle et une newsletter de contenu. Pour situer vos taux de conversion côté site, voir nos statistiques de taux de conversion e-commerce.

Quels taux viser : les repères publiés

Les plateformes d'emailing publient des moyennes calculées sur leurs propres clients. Elles donnent un ordre de grandeur, pas une norme.

  • Brevo, dans son article « Les statistiques de l'emailing » daté du 10 juin 2026 (Benchmark Brevo 2026) : taux d'ouverture moyen de 25,42 %, taux de clics moyen de 2,70 %, taux de désabonnement moyen de 0,47 %, tous secteurs confondus.
  • Mailchimp, sur sa page de benchmarks (données de décembre 2023) : un taux d'ouverture d'environ 34,23 % à viser, de 27,34 % à 40,55 % selon les secteurs, et un taux de clics de 2,66 %, variable de 1 à 5 % selon le secteur.

Page benchmarks de Mailchimp indiquant un taux d'ouverture d'environ 34,23 % à viser

Les deux sources s'accordent sur le clic (autour de 2,7 %) et divergent de près de 9 points sur l'ouverture : la meilleure référence reste la moyenne de vos propres campagnes sur les six ou douze derniers mois. Notre page de statistiques de l'email marketing rassemble d'autres chiffres du secteur.

Analyser ce qui se passe après le clic

Les outils d'emailing s'arrêtent au clic. Pour savoir combien de visites, de leads ou de ventes une campagne a générés, il faut que votre outil d'analyse d'audience reconnaisse le trafic venu de l'email. La méthode standard consiste à ajouter des paramètres UTM à chaque lien :

  • utm_source : la source, par exemple « newsletter » ou le nom de l'outil d'envoi ;
  • utm_medium : le canal, « email » ;
  • utm_campaign : le nom de la campagne, par exemple « soldes-octobre-2026 » ;
  • utm_content (facultatif) : pour distinguer deux liens d'un même email (bouton du haut, lien du bas).

La plupart des logiciels d'emailing ajoutent ces paramètres automatiquement si l'option est activée. Sinon, Google met à disposition un générateur gratuit, le Campaign URL Builder pour Google Analytics 4. Dans votre outil d'analyse, vous retrouvez ensuite les sessions, conversions et revenus par campagne. Notre comparatif des outils de web analytics présente les alternatives à Google Analytics.

Générateur d'URL de campagne de Google Analytics 4 avec les champs source, medium et nom de campagne

Construire un tableau de bord de rapport emailing

Avant de choisir un outil, définissez pour qui est le rapport (équipe marketing, direction commerciale, direction générale) et limitez-vous aux indicateurs qui déclenchent une décision. Un tableau de bord trop chargé n'est plus mis à jour. Une structure simple tient en trois onglets :

  • Base de contacts : nombre d'abonnés actifs, nouveaux inscrits, désinscrits, adresses en erreur, part d'inactifs depuis six mois.
  • Campagnes : une ligne par envoi, une colonne par indicateur (délivrés, délivrabilité, ouverture, clics, réactivité, désabonnements, plaintes, conversions, chiffre d'affaires attribué).
  • Automatisations : les mêmes indicateurs pour chaque scénario (bienvenue, relance, réactivation), suivis par mois.

Pour le construire, quatre approches, de la plus simple à la plus outillée :

  • Les rapports natifs de votre outil d'emailing : rien à construire, mais peu de personnalisation et pas de lien avec les ventes.
  • Un tableur (Google Sheets, Excel) alimenté par export, ou automatiquement via un outil d'intégration : souple et peu coûteux, mais fragile si personne ne le maintient.
  • Un entrepôt de données et un outil de visualisation : les données de l'outil d'emailing, du site et du CRM sont centralisées, puis affichées dans un outil de visualisation de données. C'est l'approche la plus complète, qui demande des compétences techniques.
  • Les rapports automatiques par email : la plupart des outils de visualisation savent envoyer le tableau de bord à date fixe (chaque lundi, en début de mois) aux personnes concernées.

Si vous gérez plusieurs scénarios automatisés, un logiciel de marketing automation intègre souvent ces rapports par scénario.

Analyse emailing et RGPD : les pixels de suivi depuis 2026

Le 14 avril 2026, la CNIL a publié la version finale de sa recommandation sur les pixels de suivi dans les courriels. Elle précise dans quels cas le consentement du destinataire est nécessaire pour mesurer les ouvertures, et ceux qui en sont exemptés : notamment la mesure individuelle de la délivrabilité pour les courriels transactionnels ou ceux auxquels le destinataire a consenti, afin de retirer les inactifs des listes.

Page de la CNIL annonçant sa recommandation sur les pixels de suivi dans les courriers électroniques, publiée le 14 avril 2026

Pour les adresses collectées avant la publication, la CNIL demandait aux expéditeurs d'informer les destinataires dans un délai de trois mois pour leur permettre de s'opposer. La FAQ de la CNIL précise aussi que des données collectées par un pixel exempté peuvent servir à établir une statistique globale du taux d'ouverture d'une campagne, après anonymisation effective. Conséquence pour l'analyse : vos taux d'ouverture individuels peuvent couvrir une partie seulement de la base, ce qui renforce l'intérêt de piloter au clic et à la conversion. Vérifiez avec votre outil d'emailing comment il applique ces règles.

Analyser une campagne en cinq questions

  1. Est-elle arrivée ? Délivrabilité, rebonds, plaintes, comparés aux envois précédents.
  2. A-t-elle été remarquée ? Ouvertures, en tendance seulement.
  3. A-t-elle fait agir ? Clics et réactivité, lien par lien (quel bouton, quelle position).
  4. A-t-elle rapporté ? Sessions, conversions et chiffre d'affaires mesurés sur le site grâce aux UTM.
  5. A-t-elle abîmé la liste ? Désabonnements et plaintes : une campagne qui convertit mais fait fuir 1 % de la base peut coûter plus qu'elle ne rapporte sur l'année.

Notez pour chaque campagne une hypothèse à tester à l'envoi suivant (objet, heure, segment, offre) : c'est ce qui transforme le rapport en plan d'action. Pour la conception des envois eux-mêmes, voir les étapes de création d'une campagne emailing.

Questions fréquentes

Comment calculer le taux de clic d'un emailing ?

Divisez le nombre de cliqueurs uniques par le nombre d'emails délivrés, puis multipliez par 100. Exemple : 300 cliqueurs pour 9 800 emails délivrés donnent 3,1 %. Si vous divisez par le nombre d'ouvreurs, vous obtenez le taux de réactivité, un autre indicateur.

Quels KPI suivre en priorité pour une campagne email ?

Cinq suffisent pour piloter : le taux de délivrabilité, le taux de clics, le taux de conversion (ou le revenu par email), le taux de désabonnement et le taux de plaintes. Un bon KPI est relié à un objectif et déclenche une décision : si le taux de plaintes dépasse 0,10 %, on revoit le ciblage ou la fréquence. Pour le communiquer, montrez son évolution sur plusieurs campagnes plutôt qu'un chiffre isolé.

Comment savoir si mon mail est en spam ?

Envoyez un test vers des boîtes de différentes messageries (Gmail, Outlook, Yahoo) et regardez où il arrive. Pour un suivi dans la durée, Google Postmaster Tools indique votre taux de spam chez Gmail, et une hausse brutale des rebonds ou une chute des clics sur un domaine de messagerie donné sont des signaux à surveiller.

Comment faire de l'email marketing ?

Constituez une liste de contacts consentants, choisissez un logiciel d'emailing, définissez un objectif par campagne, rédigez un contenu utile avec un appel à l'action clair, testez l'affichage, envoyez, puis analysez les résultats avec les indicateurs ci-dessus. Le détail est dans notre guide des étapes de création d'une campagne emailing.

Qu'est-ce que la règle des 3 emails ?

Il n'existe pas de règle officielle sous ce nom. L'expression désigne en général une séquence courte de trois messages (bienvenue, relances). Pour l'analyse, une séquence se mesure dans son ensemble : conversions cumulées et désabonnements à chaque étape.

Qu'est-ce qu'un email et quelles sont ses différentes parties ?

Un email (courrier électronique) est un message envoyé via Internet d'une adresse électronique à une autre. Il comprend des en-têtes (expéditeur, destinataire, objet, date), un corps de message (texte, éventuellement mis en page en HTML), et parfois des pièces jointes. Dans un emailing s'ajoutent le pré-header, les liens de suivi et un pied de page avec le lien de désinscription.

Quelle est la différence entre un mail et un email ?

Aucune sur le fond : les deux désignent le courrier électronique. « Mail » est un raccourci courant en France, « email » (ou « e-mail ») l'anglicisme d'origine. Le terme français recommandé est « courriel », que la Commission d'enrichissement de la langue française préconise depuis 2003, selon la fiche de l'Office québécois de la langue française.

Comment analyser gratuitement la performance d'un site web ?

C'est une autre analyse que celle d'une campagne emailing, mais la question revient souvent : pour la vitesse de chargement, l'outil gratuit PageSpeed Insights de Google analyse une page sur mobile et ordinateur ; pour l'audience et les conversions, un outil de web analytics est nécessaire.

Page d'accueil de PageSpeed Insights, outil gratuit de Google pour analyser la vitesse d'une page web

Notez cet article

Camille Durand
Camille DurandÉditorial La Fabrique

Recherche globale

Recherchez parmi les agences, logiciels et articles de La Fabrique du Net.