Commençons par écarter une confusion que la douane elle-même prend soin de corriger : il n'existe pas d'Incoterms 2024. La version applicable est celle de 2020, et l'administration l'écrit noir sur blanc, « la réforme des Incoterms 2020 (et non pas 2024) ». Elle « est composée de 11 Incoterms », en vigueur depuis le 1er janvier 2020.
Le DAP appartient à la famille D, celle des ventes dites à l'arrivée, et c'est la famille où le vendeur s'engage le plus loin. Le choix pèse sur toute la chaîne logistique, sur la valeur déclarée en douane et sur celui qui devra vider le camion à l'arrivée.
Ce que DAP veut dire exactement
La livraison intervient à destination, mais dans une position très précise : les marchandises sont considérées comme livrées lorsqu'elles sont « mises à disposition de l'acheteur à destination sur le moyen de transport arrivant, sans être déchargées ».
Le camion ou le conteneur est arrivé, il est à disposition, et il est encore plein. C'est ce dernier détail qui fait toute la différence avec la règle voisine.
Pour la charge des risques, la famille D est claire : « la livraison étant effectuée dans le pays de destination, le transfert des risques intervient dans celui-ci », et « la marchandise voyage aux risques du vendeur qui assume l'ensemble des risques et des coûts liés au transport ». Une avarie survenue en cours de route reste donc pour le vendeur, même à quelques kilomètres de l'arrivée.
Là où la ligne se déplace : les droits et le déchargement
C'est le point qui provoque le plus de litiges, parce que la ligne de partage des risques et celle des obligations administratives ne sont pas au même endroit.
Sauf stipulation contraire du contrat de transport, « c'est à l'acheteur qu'incombent les formalités douanières, le paiement des droits et taxes dus en raison de l'importation et le déchargement des marchandises à destination ».
Autrement dit, le vendeur porte le risque jusqu'au bout du trajet, mais l'acheteur doit dédouaner, payer les droits et sortir la marchandise du véhicule. Un acheteur qui croit avoir acheté « rendu chez lui, tout compris » découvre une facture de droits et un camion qu'il doit décharger lui-même.
Quand le DAP est le bon choix
Le tableau des obligations donne l'impression d'un déséquilibre, et pourtant la règle est très employée. Elle règle en effet deux problèmes que les autres laissent ouverts.
Côté acheteur, elle donne un prix rendu sans avoir à organiser le transport ni à en porter le risque, ce qui compte quand on achète depuis un pays où l'on n'a ni transitaire ni volume de négociation. Côté vendeur, elle garde la maîtrise de l'acheminement, donc du délai et du transporteur, ce qui a de la valeur sur des marchandises fragiles ou des livraisons à date imposée.
Et la limite reste nette : le vendeur ne s'engage pas à dédouaner à l'import. C'est ce qui distingue le DAP du DDP et ce qui le rend acceptable pour une entreprise qui ne peut pas, ou ne veut pas, accomplir des formalités dans le pays de son client.
DAP ou DPU : un seul mot les sépare
La règle voisine, le DPU, part du même principe mais déplace la livraison d'un cran. Le DPU « remplace le DAT 2010 » et, surtout, « le DPU est la seule règle Incoterms qui oblige le vendeur à décharger les marchandises à destination ».
Une seule règle sur onze impose le déchargement au vendeur, et ce n'est pas le DAP. Le choix entre les deux se résume donc à une question opérationnelle : qui dispose des moyens de déchargement sur le lieu convenu. Si l'acheteur n'a ni quai ni engin de levage, le DAP le met en difficulté.
L'Incoterm n'est pas qu'une clause commerciale
Le choix a un effet direct sur ce que l'entreprise déclare, puisque l'Incoterm est « un élément déterminant de la valeur en douane ». Concrètement, « les frais de transport et d'assurance, ainsi que les coûts de chargement et de manutention connexes au transport des marchandises importées, font partie des éléments du prix à ajouter à la valeur en douane ».
Un prix DAP inclut déjà l'acheminement, ce qui n'est pas le cas d'un prix départ usine. La valeur déclarée à l'import n'est donc pas le montant de la facture selon l'Incoterm retenu, et c'est un motif de rectification classique.
Le lieu, jamais l'acronyme seul
Dernier point, et il est le plus simple à respecter : « les Incoterms sont indissociables d'un lieu ». Un contrat qui mentionne « DAP » sans préciser l'adresse exacte ne dit rien d'utile, puisque c'est ce lieu qui fixe le point de transfert des coûts.
La bonne pratique tient en une ligne : trois lettres, un lieu précis, et la version des règles.
Pourquoi cela se joue dans l'outil et pas dans le contrat
L'Incoterm est décidé une fois, à la négociation, mais il se rejoue à chaque expédition : qui paie quoi, qui assure, quelle valeur est déclarée, qui décharge. Sur un flux régulier vers plusieurs pays, ces réponses changent d'une ligne de commande à l'autre.
Le coût de l'erreur n'est pas dans la marchandise mais dans la rectification douanière et dans les litiges de déchargement. Dans notre catalogue de 11 logiciels de logistique publiés, les 10 offres facturées au mois vont de 5 € à 1 000 € HT, un écart qui reflète surtout le périmètre couvert.
Avant d'engager une migration, comparer les fiches détaillées coûte moins cher que d'en changer plus tard, et sur ce sujet la question est simple : l'Incoterm est-il porté par la ligne de commande ou saisi à la main sur chaque document.


