KPI : 40 exemples par fonction, avec la formule, la source et le piège de chacun
Un KPI est une variable mesurable qui dit si l'on avance vers un objectif, pas l'objectif lui-même. Six définitions réelles montrent ce qu'un bon KPI précise toujours : le seuil, la formule, la période. Puis quarante KPI par fonction, avec la formule, la source et le piège de chacun, et une bibliothèque Excel à remplir.
Un KPI n'est pas un chiffre que l'on regarde, c'est un chiffre défini : une formule, une source de données, une période, un seuil. La définition de référence le dit sans détour, « an indicator is a measurable variable used to show whether progress is being made towards a goal, rather than the goal itself ». Un indicateur mesure la progression vers un objectif, il n'est pas l'objectif. La plupart des listes de KPI que l'on trouve en ligne donnent des noms ; ce qui manque presque toujours, c'est la formule, et c'est précisément le travail que les agences Big Data & BI facturent le plus à leurs clients.
Cet article montre d'abord six KPI réels, définis à la source par ceux qui les publient : l'INSEE, Google, la SNCF, un éditeur d'emailing, et deux formules normalisées. Puis quarante KPI par fonction, chacun avec sa formule, sa source, son type et le piège qui va avec. Les quarante sont réunis dans un fichier Excel téléchargeable plus bas. Pour les afficher ensuite sur un écran, l'article sur les exemples de tableaux de bord prend la suite.
Ce qu'un KPI précise toujours, et ce qu'une métrique ne précise pas
Une métrique est un nombre que le système produit : des visites, des tickets, des euros. Un KPI est une métrique à laquelle on a ajouté quatre choses : une formule écrite, une source unique, une fréquence de lecture et une cible. Sans la cible, le chiffre ne se juge pas ; sans la formule, deux personnes annoncent deux valeurs différentes en réunion.
Les types de KPI qui comptent vraiment : résultat, entrée, alerte
Les classifications abondent, et la question « quels sont les 4 types de KPI » revient sans cesse. La distinction utile est celle du temps. D'un côté les indicateurs de résultat, « lagging indicators are outcome-oriented, measuring the final results of past activities », dont on dit qu'ils sont « easy to measure but hard to directly influence ». De l'autre les indicateurs d'entrée, « leading indicators are performance drivers, predictive measures that influence future outcomes ». Le chiffre d'affaires appartient à la première famille, les rendez-vous tenus à la seconde. La pratique en ajoute une troisième : l'alerte, un indicateur qui prévient avant le résultat, comme les créances échues avant la baisse de trésorerie.
Six KPI réels, définis à la source
Ce qui distingue un KPI professionnel d'un chiffre de réunion, c'est que sa définition est écrite quelque part, avec ses seuils. Ces six exemples viennent d'organisations qui publient la leur.
1. Le taux de marge, défini par l'INSEE
L'INSEE tient un dictionnaire de définitions, et celle du taux de marge tient en une ligne : « Le taux de marge est le rapport de l'excédent brut d'exploitation (EBE) à la valeur ajoutée (VA) ». Pas de « marge » au sens commercial, pas de confusion possible avec la marge brute d'un devis.

Ce qu'il enseigne : le même mot désigne plusieurs indicateurs. Le taux de marge de l'INSEE, la marge brute d'un commercial et la marge commerciale d'un distributeur ont trois formules. Dans une entreprise, le KPI « marge » doit citer la sienne, sinon la direction et les ventes ne parlent pas du même chiffre.
2. Le taux d'engagement, défini par Google Analytics
Google publie la définition exacte de ses métriques. « Une session avec engagement est une session qui répond à l'un des critères suivants » : elle « dure plus de 10 secondes », comporte un événement clé, ou « a généré au moins deux vues d'écran ou de page ». Ensuite, « le taux d'engagement correspond au pourcentage de sessions avec engagement », et « le taux de rebond est l'inverse du taux d'engagement ».

Ce qu'il enseigne : un KPI se définit par des seuils, ici dix secondes et deux pages. Changez le seuil, le chiffre change, sans que le site ait bougé. Quand un prestataire annonce un taux de rebond, la première question est « calculé comment », pas « c'est bien ou pas ».
3. La régularité des TGV, définie par la SNCF
La SNCF publie chaque mois la régularité de ses TGV par liaison, avec sa règle de calcul : « la régularité TGV tient compte des différentes durées de trajet des clients (aussi appelée composite) ». Concrètement, « un train est considéré à l'heure si son retard au terminus est inférieur à 5min pour un parcours inférieur à 1h30 », « inférieur à 10min pour un parcours entre 1h30 et 3h » et « inférieur à 15min pour un parcours au-delà de 3h ». Et « la précision des mesures est la minute ».
Ce qu'il enseigne : le seuil dépend du contexte, et il est écrit. Un retard de huit minutes est un train à l'heure sur Paris-Marseille et un train en retard sur Paris-Lille. Une PME qui suit un « taux de livraisons à l'heure » ou un « délai de réponse » doit écrire la même chose : à partir de quand c'est en retard, et pour quel type de commande.
4. Le taux d'ouverture et le taux de clic, avec leur référence de marché
L'éditeur d'emailing Brevo publie chaque année un benchmark. Son édition 2025 repose sur « 11,9 milliards d'emails envoyés en 2024 par plus de 19 000 entreprises utilisant Brevo », et donne « un taux d'ouverture de 33,9 %, un taux de clic de 4,32 % et un taux de réactivité (CTOR) de 11,37 % ».
Ce qu'il enseigne : un KPI a besoin d'une référence externe pour être jugé. Un taux de clic seul ne dit rien ; comparé à la moyenne d'un panel de dix-neuf mille entreprises, il devient une position. Et le troisième indicateur, le taux de réactivité, clics rapportés aux ouvertures, corrige le premier : les ouvertures sont gonflées par les protections de la vie privée des messageries, les clics ne le sont pas.
5. Le Net Promoter Score, une formule normalisée
Le NPS repose sur une seule question, la probabilité de recommander, et sur une convention publique : « "promoters" who provide ratings of 9 or 10, "passives" who provide ratings of 7 or 8, and "detractors" who provide ratings of 6 or lower ». Le calcul consiste à soustraire, « subtracting the percentage of detractors from the percentage of promoters ».
Ce qu'il enseigne : la convention fait le KPI. Un client qui note 7 n'est pas compté, et une entreprise qui déciderait de compter les 8 comme promoteurs afficherait un NPS plus élevé sans avoir changé un seul client. Une fois la convention adoptée, elle ne se retouche plus.
6. Le taux de rendement synthétique, en production
Le TRS, l'indicateur des ateliers, se lit d'une formule, « TRS = Production réelle / production maximum théorique », mais la même source prévient : « la définition du TRS est un standard propre à chaque organisation ». Ce qui compte comme « maximum théorique » se décide en interne, et change tout.
Ce qu'il enseigne : même un KPI normalisé a des paramètres locaux. Le rôle d'un prestataire de BI n'est pas de choisir la formule, elle existe, mais de faire écrire les paramètres et de les figer dans l'outil, pour que le chiffre de janvier et celui de juin soient comparables.
Quarante KPI par fonction, avec la formule et le piège
La liste qui suit ne cherche pas l'exhaustivité, elle donne pour chaque fonction les indicateurs qui reviennent dans les projets de BI des PME, avec la formule et l'erreur de lecture la plus fréquente. Trois fonctions ont leur propre catalogue sur ce site et n'y sont que résumées : les KPI e-commerce, les indicateurs RH et les KPI de projet.
Finance et direction
| KPI | Formule | Type | Le piège |
|---|---|---|---|
| Chiffre d'affaires facturé | Somme des factures émises HT sur la période | Résultat | Confondre signé, facturé et encaissé |
| Taux de marge brute | (CA - coûts directs) / CA x 100 | Résultat | Oublier de définir ce qui est « direct » |
| Taux de marge (INSEE) | EBE / valeur ajoutée x 100 | Résultat | Le comparer à une marge brute |
| Trésorerie en jours de charges | Solde / charges décaissables mensuelles x 30 | Alerte | Lire le solde en euros, qui ne se compare à rien |
| DSO | Créances clients / CA TTC de la période x jours de la période | Alerte | Le calculer en HT d'un côté et TTC de l'autre |
| Créances échues | Somme des factures à échéance dépassée | Alerte | Ne le regarder qu'à la clôture |
| Part du CA des trois premiers clients | CA des trois premiers / CA total x 100 | Alerte | Ne pas le suivre parce que « ça va bien » |
| CA par salarié | CA annuel / effectif moyen | Résultat | Comparer des métiers qui n'ont pas la même structure |
Commercial
| KPI | Formule | Type | Le piège |
|---|---|---|---|
| Leads qualifiés | Contacts répondant aux critères de qualification écrits | Entrée | Une qualification qui change selon le commercial |
| Rendez-vous réalisés | Rendez-vous tenus, pas planifiés | Entrée | Compter les rendez-vous annulés |
| Taux de transformation | Signatures / propositions envoyées x 100 | Résultat | Le lire sur un mois quand le cycle dure trois mois |
| Panier moyen | CA signé / nombre de signatures | Résultat | Une grosse signature qui fausse la moyenne ; regarder aussi la médiane |
| Délai moyen de signature | Moyenne (signature - premier contact) | Alerte | Une date de premier contact non saisie dans le CRM |
| Pipeline pondéré | Somme (montant x probabilité de l'étape) | Alerte | Des probabilités d'étape jamais recalibrées |
Marketing et acquisition
| KPI | Formule | Type | Le piège |
|---|---|---|---|
| Coût par lead | Dépense marketing / leads générés | Résultat | Oublier les coûts internes et les outils |
| Taux de conversion visite vers lead | Leads / visites x 100 | Résultat | Mélanger le trafic de marque et le reste |
| Taux d'engagement (GA4) | Sessions avec engagement / sessions x 100 | Entrée | Le comparer à l'ancien taux de rebond |
| Taux d'ouverture emailing | Ouvertures uniques / emails délivrés x 100 | Entrée | Gonflé par les ouvertures automatiques des messageries |
| Taux de clic emailing | Clics uniques / emails délivrés x 100 | Entrée | Ne pas le comparer au benchmark de son secteur |
| Coût d'acquisition client (CAC) | Dépenses marketing et commerciales / nouveaux clients | Résultat | Oublier le temps commercial dans le numérateur |
| Part du trafic d'une seule source | Visites de la première source / total x 100 | Alerte | Découvrir la dépendance quand la source s'effondre |
E-commerce
| KPI | Formule | Type | Le piège |
|---|---|---|---|
| Taux de conversion | Commandes / visites x 100 | Résultat | Mélanger visites et visiteurs au dénominateur |
| Panier moyen | CA / nombre de commandes | Résultat | La Fevad le calcule sur les transactions d'un panel de paiement : préciser le sien |
| Taux d'abandon de panier | Paniers non convertis / paniers créés x 100 | Alerte | Compter les paniers de comparaison comme des abandons |
| Taux de retour | Commandes retournées / commandes livrées x 100 | Alerte | Le lire sans le croiser avec la fiche produit en cause |
Client et support
| KPI | Formule | Type | Le piège |
|---|---|---|---|
| NPS | % de promoteurs (9-10) moins % de détracteurs (0-6) | Résultat | Modifier la convention pour améliorer le score |
| Taux d'attrition | Clients perdus / clients en début de période x 100 | Alerte | Ne pas définir ce qu'est un client « perdu » |
| Résolution au premier contact | Demandes résolues au premier échange / demandes x 100 | Résultat | Clore les tickets trop vite pour tenir le taux |
| Valeur vie client (LTV) | Panier moyen x fréquence d'achat x durée de vie moyenne du client | Résultat | Une durée de vie estimée, jamais mesurée |
| Délai de première réponse | Médiane (première réponse - création) | Entrée | Lire la moyenne, tirée par quelques cas extrêmes |
Ressources humaines
| KPI | Formule | Type | Le piège |
|---|---|---|---|
| Turnover | Départs / effectif en début de période x 100 | Résultat | Deux formules coexistent, en choisir une et l'écrire |
| Taux d'absentéisme | Jours d'absence / jours théoriques x 100 | Résultat | Inclure ou non les congés maternité change tout |
| Délai de recrutement | Moyenne (signature - ouverture du poste) | Entrée | Une date d'ouverture jamais saisie |
| Postes ouverts depuis plus de 30 jours | Nombre de postes dont l'ancienneté dépasse 30 jours | Alerte | Le seul KPI RH qui prévient le commercial, et le plus rare |
Production, logistique, projet
| KPI | Formule | Type | Le piège |
|---|---|---|---|
| TRS | Production réelle / production maximum théorique x 100 | Résultat | Un « maximum théorique » jamais écrit |
| Taux de rebut | Pièces rebutées / pièces produites x 100 | Alerte | Compter les retouches comme des bonnes pièces |
| Taux de service | Livraisons à l'heure / livraisons x 100 | Résultat | Pas de seuil de retard écrit, contrairement à la SNCF |
| Respect du planning | Jalons livrés à date / jalons prévus x 100 | Résultat | Des jalons redéfinis en cours de route |
| Consommation budgétaire | Dépensé / budget x 100, comparé à l'avancement | Alerte | Lire la dépense sans l'avancement physique |
| Charge par personne | Heures affectées / heures disponibles x 100 | Alerte | Une charge à cent pour cent qui ne laisse rien aux imprévus |
Comment choisir ses KPI, et combien
La méthode classique s'appuie sur le cadre « SMART (specific, measurable, achievable, relevant, time-bound) », et elle est nécessaire. Elle n'est pas suffisante : un indicateur peut être spécifique, mesurable et daté, et ne servir à aucune décision. La règle de sélection qui tient à l'usage est celle-ci : par objectif, une mesure de résultat, deux ou trois leviers d'entrée que l'équipe peut bouger dans la semaine, et une alerte placée en amont. Six indicateurs par lecteur, rarement plus.
Trois conseils de terrain. Le premier : écrire la formule dans l'outil, pas dans un document à côté ; si le tableau de bord ne peut pas afficher la définition au survol, elle sera oubliée. Le deuxième : fixer la cible avant de regarder la première valeur, sinon la cible sera la valeur observée plus dix pour cent. Le troisième : nommer une personne par KPI, une seule ; un indicateur porté par un service n'est porté par personne.
Ce que les KPI ne mesurent pas
Les critiques universitaires du management par indicateurs méritent d'être lues avant de multiplier les tableaux. Elles rappellent que « tout n'est pas mesurable par indicateur, y compris des aspects pourtant fondamentaux comme la coopération, la frustration ou la motivation », et que « les indicateurs ne sont que des approximations souvent assez éloignées de la réalité qu'ils sont censés représenter ». La conséquence pratique n'est pas de renoncer aux KPI, c'est d'en avoir peu, de connaître leur formule, et de garder à côté les questions qu'ils ne posent pas.
Quand faire appel à une agence, et pour quoi faire
Choisir ses KPI ne s'externalise pas : personne ne connaît mieux qu'un dirigeant les décisions qu'il prend et les chiffres qui les déclencheraient. Le rôle des agences Big Data & BI commence après ce choix : écrire les formules dans un langage que l'outil exécute, connecter et réconcilier les sources, CRM, comptabilité, outil web, et faire en sorte que le chiffre de janvier et celui de juin soient calculés de la même façon. Le coût dépend du nombre de sources à relier bien plus que du nombre d'indicateurs à afficher.
Bibliothèque de KPI à télécharger
Le fichier reprend les quarante KPI de l'article dans un tableau filtrable par fonction, avec pour chacun ce qu'il mesure, la formule, l'unité, le type, la fréquence et la source de données. Les colonnes cible et responsable sont vides, c'est le principe : elles se remplissent en réunion, pas en téléchargeant un fichier.
Télécharger la bibliothèque de 40 KPI par fonction (Excel)
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un KPI, avec un exemple ?
Un KPI est une variable mesurable qui indique si l'on progresse vers un objectif. Le taux de marge de l'INSEE en est un exemple défini à la lettre : le rapport de l'excédent brut d'exploitation à la valeur ajoutée. Ce qui en fait un KPI et non une simple donnée, c'est la formule écrite, la source, la fréquence et la cible.
Quels sont les 4 types de KPI ?
Les typologies varient. Celle qui sert au quotidien sépare quatre rôles : mesurer ce qui a été obtenu (résultat), agir sur ce qui le produit (entrée), prévenir en amont (alerte), et éclairer la lecture des trois autres (contexte).
Quels sont les KPI les plus connus ?
Le chiffre d'affaires, la marge, le taux de conversion, le coût par lead, le NPS, le taux d'attrition, le turnover et le TRS reviennent dans presque tous les secteurs. Leur notoriété ne dispense pas d'écrire leur formule : le turnover, par exemple, a au moins deux modes de calcul en usage.
Combien de KPI faut-il suivre ?
Six par lecteur est une bonne limite : un résultat, deux ou trois entrées, une alerte, et éventuellement un contexte. Passé ce nombre, l'écran se transforme en rapport, et un rapport ne se lit pas le lundi matin, comme le montre l'article sur les exemples de tableaux de bord.
Comment calculer un KPI en pourcentage ?
En rapportant un numérateur à un dénominateur clairement définis sur la même période, puis en multipliant par cent. La difficulté n'est jamais l'arithmétique, c'est le dénominateur : « visites » ou « sessions avec engagement », « clients » ou « clients actifs en début de période ». C'est ce travail de définition que l'on confie, quand il dépasse une personne, à une agence choisie dans notre comparateur.
Sources
- Wikipedia, Performance indicator
- Wikipédia, Indicateur clé de performance
- INSEE, définition du taux de marge (statistique d'entreprise)
- Google Analytics, taux d'engagement et taux de rebond
- SNCF Open Data, régularité mensuelle TGV par liaisons
- Comarketing-News, les chiffres de l'email marketing en 2025 (benchmark Brevo)
- Wikipedia, Net promoter score
- Wikipédia, Taux d'attrition
- Wikipédia, Taux de rendement synthétique
- Wikipédia, Rotation de l'emploi
- Fevad, évolution du panier moyen sur internet
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