Les liasses fiscales millésime 2026 comportent des rubriques que personne n'avait à remplir l'année précédente. Elles servent à produire un montant nouveau, le revenu brut social, qui devient la base de calcul des cotisations des travailleurs indépendants. Et selon qu'on dépose une 2033 ou une 2035, ces rubriques ne portent pas le même nom.
Ce que le revenu brut social vient remplacer
Jusqu'ici, les cotisations sociales des indépendants se calculaient sur le revenu net fiscal, avec des retraitements et une réintégration des cotisations elles-mêmes, ce qui produisait un calcul circulaire bien connu des cabinets. La réforme casse ce cercle en partant d'un montant défini avant toute cotisation.
La notice officielle le formule ainsi : l'assiette est calculée sur les « recettes ou produits diminués des charges comptables admises en déduction fiscale (charges d'exploitation, exceptionnelles et financières), à l'exclusion des cotisations et contributions sociales ». Et de préciser : « Le montant ainsi obtenu est appelé "revenu brut social". »
La réforme entre en vigueur au 1er janvier 2026, ce qui explique que les rubriques apparaissent sur les imprimés déposés cette année.
Deux vocabulaires pour une seule réforme
C'est le point qui fait perdre le plus de temps. Les articles en ligne annoncent « les cases 690 à 693 » comme si elles valaient pour tout le monde. Elles ne concernent que la déclaration 2033, celle des bénéfices industriels et commerciaux au régime simplifié. La déclaration 2035, celle des bénéfices non commerciaux, utilise des rubriques alphabétiques : DB, DC, DD et DE.
Pire, la correspondance ne suit pas l'ordre qu'on attendrait. Les sommes à réintégrer vont en 690 côté BIC mais en DE côté BNC ; les sommes à déduire vont en 691 mais en DB. Recopier une consigne écrite pour l'autre formulaire conduit à inverser deux lignes.
Comment le montant se construit
Le revenu brut social n'est pas une case à recopier depuis un autre imprimé : c'est un cumul. On part du résultat comptable, on y ajoute les cotisations personnelles de l'exploitant et les réintégrations fiscales habituelles, on retranche les déductions, puis on applique les deux rubriques sociales nouvelles.
Vient ensuite la règle de signe. Sur la 2033, « si le montant total est positif, veuillez le reporter dans la rubrique 693 », et en 692 s'il est négatif. Sur la 2035, la même bascule se joue entre DD et DC. Le réflexe consistant à ranger le plus petit numéro avec le montant le plus favorable ne fonctionne pas ici.
L'abattement de 26 % et ses deux bornes
Le revenu brut social n'est pas l'assiette finale. L'article L136-3 du code de la sécurité sociale lui applique un abattement de 26 %, mais pose aussitôt une limite : cet abattement « ne peut être ni inférieur à un montant plancher, fixé par décret, [...] ni supérieur à un montant plafond fixé, également par décret ».
C'est bien l'abattement qui est encadré, pas l'assiette, et cette nuance change le résultat aux deux extrémités. L'article D136-5 fixe le plancher à « 1,76 % de la valeur annuelle du plafond de la sécurité sociale » et le plafond à « 130 % » de cette même valeur.
Le plafond mensuel étant de 4 005 € en 2026, la valeur annuelle atteint 48 060 €. L'abattement ne peut donc descendre sous 845,86 € ni dépasser 62 478 €. Traduit en revenus : en dessous d'environ 3 253 € de revenu brut social, le plancher joue et l'abattement dépasse 26 % ; au-delà d'environ 240 300 €, le plafond mord et le taux effectif redescend.
Un point rassurant pour le déclarant : l'abattement forfaitaire est « appliqué automatiquement par les caisses sociales ». Il ne faut donc surtout pas le déduire soi-même dans la liasse, sous peine de l'appliquer deux fois.
Le piège des indemnités journalières
Les « indemnités journalières versées par les organismes de sécurité sociale » qui ont été comptabilisées en produits doivent être retirées du revenu brut social, via la rubrique des sommes à déduire. Elles ne disparaissent pas pour autant : elles se déclarent ensuite individuellement, sur la déclaration de revenus personnelle 2042.
C'est typiquement le retraitement qu'un exercice sans arrêt de travail ne fait jamais apparaître, et qu'on oublie l'année où il se présente. Il vaut la peine de le vérifier ligne à ligne plutôt que de reconduire la liasse précédente.
Ce que cela demande à un outil de comptabilité
La difficulté n'est pas conceptuelle, elle est de traçabilité : le revenu brut social se construit à partir d'une dizaine de rubriques de la liasse, dont certaines ne bougent qu'une année sur cinq. Un outil qui produit la liasse sans expliciter d'où vient chaque composante oblige à refaire le chemin à la main dès qu'un contrôle porte sur le montant.
Deux capacités méritent d'être regardées cette année : la mise à jour effective des imprimés millésime 2026 avec les rubriques sociales, et la possibilité de remonter d'un montant agrégé aux écritures qui l'alimentent. Notre comparateur référence 56 logiciels de comptabilité, dont les 55 offres facturées par mois relevées vont de 2,49 € à 199 € HT. Avant d'arbitrer, notre comparateur permet de confronter les offres et ce qu'en disent leurs clients.
Sources
DGFiP, notice n° 2033-NOT-SD millésime 2026 (rubriques 690 à 693) et notice n° 2035-SD millésime 2026 (rubriques DB à DE). Code de la sécurité sociale, article L136-3 (abattement de 26 % et ses bornes) et article D136-5 (plancher et plafond). Arrêté du 22 décembre 2025 fixant le plafond de la sécurité sociale pour 2026. impots.gouv.fr, la réforme de l'assiette sociale. Consultés le 21 août 2026.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le revenu brut social ?
Les recettes ou produits diminués des charges comptables admises en déduction fiscale, à l'exclusion des cotisations et contributions sociales. C'est la nouvelle base de calcul des cotisations des travailleurs indépendants.
Quelles sont les nouveautés de la liasse fiscale pour 2026 ?
Quatre rubriques sociales apparaissent : 690, 691, 692 et 693 sur la déclaration 2033, DE, DB, DD et DC sur la déclaration 2035. Elles servent uniquement à déterminer le revenu brut social.
Comment est calculé le revenu brut social ?
Par cumul : résultat comptable, plus les cotisations personnelles de l'exploitant et les réintégrations fiscales, moins les déductions, plus les sommes à réintégrer de la rubrique sociale, moins les sommes à déduire.
Faut-il appliquer soi-même l'abattement de 26 % ?
Non. L'abattement est appliqué automatiquement par les caisses sociales. Le déduire dans la liasse reviendrait à le compter deux fois.
L'abattement de 26 % est-il toujours de 26 % ?
Non. Il ne peut être inférieur à 1,76 % ni supérieur à 130 % de la valeur annuelle du plafond de la sécurité sociale, soit 845,86 € et 62 478 € en 2026. Le taux effectif s'écarte donc de 26 % aux revenus très faibles et très élevés.


