Le blended learning n'existe pas en droit français. Aucun texte n'emploie ce terme, et c'est la première chose à comprendre avant de choisir un logiciel de LMS pour le mettre en œuvre : ce que l'administration contrôle porte un autre nom et obéit à d'autres règles.
La seule définition institutionnelle du terme vient de l'Union européenne, et elle est plus large que l'usage courant : il s'agit de « prendre plus d'une approche du processus d'apprentissage ».
Ce que le mélange recouvre vraiment
Réduire le blended learning au couple présentiel plus e-learning est un raccourci que la définition européenne ne fait pas. Le mélange porte aussi sur les lieux, entreprise, centre de formation, lieu culturel, extérieur, et sur les outils, numériques ou non.
Autrement dit, une formation qui alterne atelier en salle, mise en situation sur le poste de travail et carnet de bord papier est du blended learning au sens européen, sans une seule minute d'écran.
La conséquence est utile au moment de concevoir un parcours : la question n'est pas « quelle part en ligne » mais « quelles approches se complètent », ce qui déplace le sujet de la technique vers la pédagogie.
Le vrai cadre français : la formation à distance
Côté droit, ce n'est pas le blended learning qui est encadré mais la formation ouverte et à distance, rénovée par la loi du 5 septembre 2018. Et le point qui rend le sujet concret : cette formation à distance peut ne concerner qu'une partie du parcours, ce qui est exactement le cas d'un dispositif mixte.
Dès qu'une partie de la formation passe à distance, trois obligations s'imposent, fixées par le décret du 28 décembre 2018 : une assistance technique et pédagogique, une information sur les activités et leur durée moyenne, et des évaluations.
Ces trois obligations ne sont pas des bonnes pratiques, ce sont les conditions de la prise en charge. Une formation hybride qui les ignore reste une formation, mais elle cesse d'être finançable.
Le détail qui fait tomber les dossiers en contrôle
Voici le point le plus coûteux du sujet, et il est absent de la quasi-totalité des pages qui en parlent.
Sur les séquences à distance, l'assiduité ne se prouve pas par la présence mais par des justificatifs de réalisation des travaux demandés. Le déroulé pédagogique doit d'ailleurs préciser la nature de ces travaux et le temps estimé pour les réaliser.
Et la jurisprudence a tranché la question que tout le monde se pose : un relevé de connexion issu de la plateforme ne suffit pas à justifier les heures ni l'accompagnement. Le tribunal administratif de Toulouse l'a jugé le 2 novembre 2023.
C'est un renversement complet de ce que promettent beaucoup d'outils. Le temps de connexion, argument de vente habituel des plateformes, n'a aucune valeur probante à lui seul. Ce qui compte, c'est la trace de ce que l'apprenant a produit.
Comment le déclarer, et comment il est mesuré
Dans le vocabulaire administratif français, le blended learning se déclare sous la modalité d'enseignement « mixte ». C'est le mot à utiliser dans les catalogues officiels, pas le terme anglais.
Pour une formation financée par le compte personnel de formation, le taux de réalisation d'un parcours mixte se calcule sur les jalons pédagogiques ou d'évaluation, et non sur le temps passé. Là encore, la logique est cohérente : ce qui est mesuré, c'est ce qui est franchi, pas ce qui est consommé.
Où en est réellement le marché français
Le discours ambiant laisse penser que l'hybride s'est généralisé. Les chiffres disent autre chose.
La bascule vers le distanciel est bien réelle et rapide : 50 % des entreprises formatrices ont eu recours à des cours ou stages en ligne en 2020, contre 16 % en 2015, soit un triplement en cinq ans.
Mais le mixte, lui, reste minoritaire : 36 % des entreprises de moins de 1 000 salariés font de la formation à distance, et seulement 8 % en mode hybride. L'hybride n'est donc pas le standard, c'est encore une pratique de niche, ce qui laisse un espace à qui le fait bien.
L'enjeu financier derrière ces arbitrages n'est pas mince : les entreprises et associations ont dépensé 25,1 milliards d'euros au titre de la formation professionnelle en 2023.
Ce que cela impose à la plateforme
Les trois obligations réglementaires et la jurisprudence de 2023 dessinent un cahier des charges très différent de celui que vend le marché.
Il ne s'agit pas de mesurer du temps de connexion mais de conserver la trace des travaux réalisés, de documenter la nature et la durée estimée de chaque séquence, et de prouver que l'assistance technique et pédagogique a bien existé. Une plateforme e-learning qui excelle sur le suivi de progression et reste muette sur ces trois points expose son client au moment du contrôle.
Dans notre catalogue, les 10 offres facturées au mois vont de 1 € à 186,01 € HT, et les 5 offres en paiement unique de 49 € à 69 € HT.
La question à poser aux éditeurs tient en une phrase, et notre comparateur permet d'y répondre fiche par fiche : que sort l'outil le jour où un financeur demande la preuve, autre chose qu'un relevé de connexion.
Sources
- Commission européenne, recommandation du Conseil sur le blended learning
- DREETS, formation à distance et cadre réglementaire
- DRIEETS, guide des organismes de formation
- EDOF, formation à distance, les bonnes pratiques
- Centre Inffo, pas de formation en ligne sans pilote
- France compétences, note d'étude n° 6, enquête EFE
- Insee, la formation professionnelle en entreprise
