Storyboard : 6 exemples réels, un cas rempli et un gabarit à imprimer
Un storyboard n'est pas un dessin, c'est une décision par case : ce qu'on voit, combien de temps, et ce qu'on entend. Six storyboards réels le montrent, du conte japonais de Netflix au premier Oswald de Disney, avant un cas rempli pour une vidéo d'entreprise et un gabarit à imprimer.
Un storyboard n'est pas un dessin, c'est une suite de décisions : ce que l'on voit dans chaque plan, pendant combien de temps, et ce que l'on entend pendant ce temps. Le trait peut être maladroit, il l'est d'ailleurs dans la plupart des storyboards professionnels. Ce qui compte est écrit à côté de la case. C'est ce document que les agences vidéo font valider à leur client avant de tourner ou d'animer quoi que ce soit, et c'est le moment où un projet de vidéo se gagne ou se perd.
Cet article montre six storyboards réels, tous publiés sous licence libre, ce qui permet de les reproduire ici en entier : le conte d'un court métrage Netflix, la cinématique d'un jeu vidéo français, un documentaire canadien, un gabarit pédagogique, le tout premier Oswald de Disney en 1927 et un découpage dessiné à la main. Puis un cas rempli pour une vidéo d'entreprise, et un gabarit à imprimer.
Un storyboard, c'est quoi, et comment on le dit en français
Le mot français est scénarimage, « un storyboard ou scénarimage » selon la définition usuelle, et le document est « utilisé au cinéma et en téléfilm, lors de la préproduction afin de planifier les besoins de l'ensemble des plans ». En publicité, les planches destinées à convaincre un client « sont connues sous le nom de "tableaux de présentation" », plus léchées que celles de tournage parce qu'elles doivent vendre l'idée avant de la fabriquer.
L'histoire tient en trois dates. Chez Disney, « the first complete storyboards were created for the 1933 Disney short Three Little Pigs », et le studio a crédité l'animateur Webb Smith de l'idée : « drawing scenes on separate sheets of paper and pinning them up on a bulletin board to tell a story in sequence ». Ensuite, « by 1937 or 1938, all American animation studios were using storyboards ». Enfin le cinéma en prises de vues réelles a suivi : « Gone with the Wind (1939) was one of the first live-action films to be completely storyboarded ».
Pour une agence vidéo d'aujourd'hui, la définition opérationnelle est celle-ci : « chaque vignette correspond à une séquence filmée et est accompagnée d'annotations : cadrage, mouvement de caméra, durée estimée, voix off ou dialogue ». Et « une fois validé, il devient la référence commune » entre le client et l'équipe. Tout ce qui n'est pas dans le storyboard validé se paie ensuite en journées de tournage ou de fabrication supplémentaires.
L'anatomie d'une case de storyboard
Six exemples réels de storyboards
1. Sol Levante, le conte du court métrage Netflix
Netflix a publié les documents de travail de Sol Levante, un court métrage d'animation produit avec le studio japonais Production I.G : « working with Japan's Production I.G, we set out to create the first 4K HDR Atmos anime short ». Le storyboard, ou « conte » en japonais, est signé « Akira Saitoh », et « this work was published as part of Netflix Open Content », dont la règle est simple, « our open source content is available under the Creative Commons Attribution 4.0 International Public License ». Le document fait quarante-huit pages.

Ce qu'il enseigne : la grille. Cinq colonnes, cut, image, mémo, caméra et effets, secondes. Le premier plan est une case noire : le film commence dans le noir, et le storyboard le dit. La colonne de droite indique les durées au format secondes plus images, ce qui permet à toute l'équipe de calculer le minutage exact. Un storyboard professionnel se lit d'abord par sa colonne des durées.
2. Ryzom, la cinématique d'un jeu vidéo français
Ryzom est un jeu de rôle en ligne « developed by Nevrax, released in 2004, and became free software in 2010 ». Ses créateurs ont libéré tout le matériel : « on May 6, 2010, Ryzom announced the full release of source code under GNU AGPL-3.0-or-later and the artwork under CC-BY-SA-3.0 ». Parmi ces archives, « a storyboard from the open-sourced video game Ryzom », dessiné au feutre, annoté en français.

Ce qu'il enseigne : les champs que personne n'ose ajouter. Chaque case porte un horaire dans la fiction, une ambiance, un effet, une musique et un son. « Time : 17h30, Mood : fin d'un long voyage ». Ces deux lignes disent au compositeur, au monteur et à l'animateur la même chose au même moment. Les flèches orange dans l'image décrivent le mouvement de caméra sans une ligne de texte. Une agence qui produit un film d'entreprise avec musique originale a besoin exactement de ces champs.
3. Bone, le storyboard à l'encre d'un documentaire
Le studio montréalais Eye Steel Film a mis en ligne les planches de son film Bone, « Bone (2005 film) », créditées « Eye Steel Film from Canada » sous licence CC BY 2.0. Un documentaire sur une chorégraphe, storyboardé comme une fiction.

Ce qu'il enseigne : le storyboard sert aussi quand on ne contrôle pas ce qui sera filmé. Un documentaire ne se met pas en scène, mais ses séquences de transition, ses ouvertures et ses images symboliques, si. Ici les cartouches de narration, « Bone begins in a simple, dark theatre », posent la voix off en face de l'image dès le storyboard. Pour un film de marque tourné en conditions réelles, un témoignage client par exemple, c'est la même logique : on storyboarde ce que l'on maîtrise, les plans d'illustration et les inserts, pas l'interview.
4. George and the dragon, le gabarit pédagogique
Un enseignant lituanien, « Tomas Mitkus », a placé ce gabarit rempli dans le domaine public, « Date 11 May 2007 ». Un titre, une numérotation scène par scène, trois cases par ligne, et sous chacune quatre champs : action, dialogue, une ligne pour la version en langue étrangère, minutage.

Ce qu'il enseigne : la numérotation. « S-2, 1/7 » veut dire scène deux, premier plan sur sept. Cette double numérotation permet d'insérer ou de supprimer un plan sans renuméroter tout le document, et de retrouver en tournage à quelle scène appartient chaque case. Le champ minutage cumulé (00:00:09:16) dit à tout moment où l'on en est dans le film. C'est le gabarit le plus simple de cette liste et il contient tout ce qu'il faut.
5. Oswald, un storyboard Disney de 1927
Avant Mickey, Disney animait Oswald le lapin, créé avec Ub Iwerks, « first appearance Trolley Troubles (1927) ». Cette feuille est « a storyboard for the start of the Oswald the Lucky Rabbit short 'The Banker's Daughter' », datée « November 28, 1927 », dans le domaine public.

Ce qu'il enseigne : presque un siècle plus tard, rien n'a changé. Les cases sont numérotées, la durée est notée dans un cercle (en pieds de pellicule à l'époque), et la mention « longer shot » à côté de deux cases est une note de mise en scène : le plan doit être plus large. Un storyboard est un outil de conversation entre le dessinateur et le réalisateur avant d'être un document propre.
6. Un découpage dessiné à la main
Ce découpage, publié sous licence CC0 par « Irakli Metreveli », montre un storyboard tel qu'il naît sur la table : une colonne d'images au lavis, une colonne de notes, des flèches de mouvement, un croquis de trajectoire de caméra en marge.

Ce qu'il enseigne : la colonne vide à droite. Elle est prévue pour les notes, et la moitié en est déjà remplie de flèches et de schémas de caméra. Le storyboard qui sert vraiment est celui qui laisse de la place aux remarques du tournage. Un document trop fini, trop propre, décourage l'annotation, et les décisions se prennent alors ailleurs, sans trace.
Le storyboard le plus célèbre du cinéma
Il n'est pas reproductible ici, mais il faut le nommer. Saul Bass, connu pour ses génériques, « between 1958 and 1960 Bass created main title sequences for Vertigo (1958), North by Northwest (1959), and Psycho (1960) », a aussi été conseiller visuel de Psychose, un rôle qui incluait « the storyboarding of the now-famous shower scene ». La scène de la douche de Psychose est le cas d'école : un montage de plans très courts, entièrement dessiné avant le tournage, où la violence n'est jamais montrée mais construite par l'enchaînement des cadres. La leçon pour une vidéo d'entreprise est moins dramatique mais identique : ce que le spectateur comprend vient de l'ordre des plans, et l'ordre des plans se décide sur papier.
Un exemple rempli : la vidéo de présentation d'une PME en 60 secondes
Voici le storyboard d'une vidéo d'entreprise type, celle qu'une PME commande le plus souvent à une agence vidéo : une présentation de son offre en vidéo animée, d'une minute, pour sa page d'accueil et LinkedIn. Six plans, avec pour chacun la valeur de plan, l'action, la voix off et la durée. Les chiffres sont d'illustration.
La même vidéo déclinée en publicité verticale de 15 secondes pour les réseaux sociaux ne garde que trois plans : le problème, le produit, l'appel à l'action. C'est là que le storyboard sert le plus, parce que tout le monde veut garder les six plans et qu'il faut choisir.
Comment faire un storyboard en six étapes
- Partir du script, pas de l'image. Le texte de la voix off ou des dialogues est écrit d'abord, chronométré à voix haute. Le storyboard découpe ce texte en plans, il ne l'invente pas.
- Fixer la durée totale et le format avant de dessiner. Une minute horizontale pour un site, quinze secondes verticales pour un réseau social : les deux ne se storyboardent pas de la même façon, comme le montrent les deux cas ci-dessus.
- Une case par plan, une décision par case. Valeur de plan, mouvement, action, son, durée. Si une case contient deux actions, c'est deux plans.
- Dessiner mal, mais cadrer juste. Des ronds pour les têtes et des rectangles pour les écrans suffisent. Ce qui doit être exact, c'est où est la caméra et ce qui est dans le cadre. Le storyboard de Ryzom est un dessin d'artiste, celui d'Oswald un griffonnage, les deux ont servi.
- Additionner les durées. Si le total dépasse le format, c'est maintenant qu'on coupe, avec le client, en désignant les cases à retirer.
- Faire valider en écrivant les remarques sur le document. Comme sur le découpage à la main, la marge sert à ça. Le storyboard signé devient la référence : ce qui n'y est pas est un supplément.
Trois conseils de terrain. Le premier : lire le storyboard à voix haute avec un chronomètre, case par case, avant de le valider. C'est la seule façon de découvrir qu'une voix off de trois lignes ne tient pas en huit secondes. Le deuxième : demander à l'agence une version « animatique », le storyboard monté en vidéo avec la voix off provisoire, avant toute production. C'est la version qui révèle les longueurs. Le troisième : refuser un storyboard sans colonne de durées, quelle que soit la qualité du dessin.
Les erreurs qui coûtent cher après le storyboard
- Valider un dessin, pas un plan. Le client regarde le trait et oublie de lire le cadrage et la durée. Le tournage révèle ensuite que le plan large prévu ne montre pas le produit.
- Un storyboard sans son. La voix off, la musique et le texte à l'écran sont décidés en montage, donc trop tard, et la vidéo est remontée deux fois.
- Vouloir tout garder. Le cas des 60 secondes le montre : chaque plan ajouté se paie sur un autre. Sans le total des durées, personne ne voit l'arbitrage.
- Une seule version pour tous les formats. La vidéo horizontale recadrée en vertical perd son cadrage et sa voix off. Le format vertical se storyboarde à part.
- Un document trop propre. Les planches de présentation servent à vendre l'idée ; le storyboard de travail doit rester annotable, sinon les décisions se prennent sans trace.
Quand passer par une agence vidéo, et ce qu'il faut lui demander
Une PME peut écrire son script et griffonner un premier découpage seule, et elle devrait le faire : c'est le meilleur brief possible. L'agence vidéo apporte ensuite ce qui manque, le cadrage, le rythme, l'animatique, la production. Ce qu'il faut exiger d'elle avant de signer, ce sont trois documents dans l'ordre : le script chronométré, le storyboard avec les durées et le son, puis l'animatique. Le coût d'une vidéo dépend de ce qui est produit après ce storyboard, jamais de ce qui est décidé avant.
Gabarit de storyboard à imprimer
Le gabarit reprend l'anatomie décrite plus haut : six cases 16:9 par page au format A4 paysage, chacune avec son numéro, sa durée, la valeur de plan et le mouvement, l'action, la voix off ou le dialogue, et le son ou le texte à l'écran. Il s'imprime et se remplit au crayon, ce qui reste la façon la plus rapide de faire un premier découpage.
Télécharger le gabarit de storyboard A4 (PDF, six plans par page)
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un storyboard ?
Un document de préproduction qui découpe une vidéo plan par plan, avec pour chaque plan une image, la valeur de plan et le mouvement de caméra, l'action, le son et la durée. Il sert à décider et à faire valider la vidéo avant de la produire.
Comment dit-on storyboard en français ?
Scénarimage. Le terme est officiel mais peu utilisé dans les agences, qui disent storyboard, ou « board ». En publicité, la planche destinée au client s'appelle un tableau de présentation.
Comment faire un storyboard simple ?
Écrire le script, fixer la durée totale, tracer une case par plan avec des formes simples, noter sous chaque case la valeur de plan, l'action, le son et la durée, puis additionner les durées et couper ce qui dépasse. Le gabarit PDF de cet article est prévu pour ça.
Quel est le meilleur logiciel de storyboard gratuit ?
Un crayon et le gabarit imprimé suffisent pour un premier découpage, et c'est ce que font la plupart des professionnels avant de passer au numérique. Pour partager et faire valider à distance, un outil de présentation ou un logiciel de storyboard dédié fait l'affaire ; le choix relève d'un comparatif de logiciels, pas de cet article.
Quel outil peut générer un storyboard automatiquement ?
Les générateurs d'images à partir d'un script produisent des vignettes, pas un storyboard : il leur manque les durées, le cadrage décidé et le son. Ils peuvent servir à illustrer un tableau de présentation ; le découpage, lui, reste une décision humaine, celle du réalisateur ou de l'agence vidéo choisie dans notre comparateur.
Sources
- Wikimedia Commons, Sol Levante storyboard (Netflix Open Content, Akira Saitoh, CC BY 4.0)
- Netflix Open Content
- Wikipedia, Ryzom
- Wikimedia Commons, Ryzom storyboard 1 (CC BY-SA 2.0)
- Wikimedia Commons, Bone, Eye Steel Film (CC BY 2.0)
- Wikimedia Commons, Storyboarding template, Tomas Mitkus (domaine public)
- Wikimedia Commons, The Banker's Daughter storyboard, 1927 (domaine public)
- Wikipedia, Oswald the Lucky Rabbit
- Wikimedia Commons, Decoupage1, Irakli Metreveli (CC0)
- Wikipedia, Storyboard
- Wikipédia, Scénarimage
- West 86th (Bard Graduate Center), Reassessing the Saul Bass and Alfred Hitchcock Collaboration
- Biux, Storyboard vidéo d'entreprise : lire et valider en pro
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